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Vendredi 17 Novembre 2017

 Lettre n°73: Note de lecture


   Dieu, la nature et l'homme



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 Lundi 21 Octobre 2013

 Le XXIème siècle laisse-t-il encore place à l’humanisme ? C’est à une singulière réflexion qu’incite le chercheur Michel Blay, spécialiste de l’histoire des sciences. Il s’intéresse en effet à relier des sphères qui pourraient sembler opposées : la nature/la culture, le fini/l’infini, l’humain/le déshumain. En partant d’une interrogation principale (comment trouver des réponses à l’épuisement des ressources naturelles, la pollution, ou à la souffrance au travail ?), le livre se décompose en des variations très diverses autour, de l’idée de Dieu jusqu’à la résistance à l’inhumanité ou au tout économique et/ou technique. Qu’est-ce, en effet, qui a libéré l’homme et lui a donné de l’énergie pour aller plus loin, repousser ses limites ? C’est précisément un appel vers l’infini et la pensée, déjà théorisé par Giordano Bruno. Mais progressivement, l’histoire voit apparaître de nouveaux concepts dont celui de nature laborieuse de l’homme et de travail n’est pas étranger à une dérive progressive de l’humanité.
Tout un pan de la pensée va ainsi glorifier l’énergie de la nature, la volonté, le vitalisme, la recherche de vitesse, de nouvelles expériences sensorielles et, pour ainsi, une transformation anthropologique par laquelle « l’homme devient lui aussi un réservoir d’énergie ». Un but va être fixé à l’homme, très rapidement, faisant aussi tout le dogme des dictatures et des doctrines inhumaines : celui d’accroître l’efficacité, la productivité, quitte à oublier l’homme. C’est à ce titre que le dogme de la concurrence a pu si bien s’imposer, une fois que fut oublié l’humanisme, et les pages de Michel Blay consacrées à l’acte de tuer et faire taire l’humanité (p.187 et ss.) en sont particulièrement émouvantes. Qu’est-ce que l’homme pensé comme homoenergeia, voué à la seule énergie productive ? C’est un homme résumé déjà par Hitler dans l’acception qu’il donnait du surhomme en son sens national-socialiste (p.219), aboutissant à justifier, tragiquement, le dépassement de l’homme, à dire que l'homme est à dépasser. Mais si l’homme est à dépasser, si l’humanisme n’est plus d’actualité, c’est le déshumain qui apparaît et une certaine société avec un besoin, voire une vénération, pour des chefs. La haine de l’homme des Lumières, à la Hitler, Pétain ou encore par certains économistes, brise la porte d’entrée de l’infini. Lire Michel Blay est donc une activité d’un très grand intérêt : « Les paroles, les mots et les choses – l’ordre du discours poétique – sont aussi partie prenante de notre exister. En les oubliant, nous oublions dans le silence notre humanité (…) Il faut résister pour le monde et pour nous, retrouver par des gestes simples le lien au monde ». Par ces mots, l’auteur en dit beaucoup et trop peu. La République, par son École et ses institutions, devrait avoir cet idéal humaniste : réconcilier le présent avec l’infini en laissant le temps à l’expression de l’humain et du monde.




Michel BLAY, Dieu, la nature et l'homme. L'Originalité de l'Occident, Armand Colin, Paris, 2013, 26 euros, 358 pages.


J.M.


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