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Jeudi 18 Octobre 2018

 Laïcité


   Albert Camus sur la laïcité, en 1945.



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 Vendredi 06 Novembre 2009

 
Dans un éditorial de Combat daté du 27 mars 1945, Albert Camus « bien qu’il y ait d’autres chats à fouetter », répond à René Capitant qui avait déposé un projet visant à créer une caisse spéciale en remplacement de la subvention octroyée aux écoles libres par le gouvernement de Vichy. Présenté à l’Assemblée le projet sera abandonné, mais Albert Camus ne laissera pas passer cette opportunité et consacrera un éditorial à la laïcité. Le voici :


"Dans tous les cas, le problème est là et il faut le traiter. Notre seul regret est qu’il est posé. De ce point de vue, les militants catholiques ont manqué de clairvoyance et de prudence et donné des armes à leurs adversaires. La certitude de rencontrer une audience favorable dans les milieux gouverne-mentaux leur a fait oublier qu’ils risquaient de heurter les sentiments d’un grand nombre de Français qui voient dans la laïcité la garantie la plus certaine de la liberté des consciences. De ce point de vue, prendre position sur l’opportunité d’une pareille querelle, c’est aussi donner son avis sur le problème qu’elle pose.
La liberté des consciences est une chose infiniment trop précieuse pour que nous puissions la régler dans une atmosphère de passion. Il y faut de la mesure. Chrétiens et incroyants devraient apercevoir également que cette liberté, sur le plan de l’éducation, réside dans la liberté de choix. A cet égard, et puisque l’enseignement est le fait de l’Etat, l’Etat ne peut enseigner ou aider à enseigner que des vérités reconnues de tous. Il est possible ainsi d’imaginer une instruction civique fournie par l’Etat. C’est qu’elle est sans contestation. Il n’est pas possible, au contraire, d’imaginer un enseignement officiel de la religion, parce qu’on se heurte à la contradiction. C’est que la foi ne s’enseigne pas plus que l’amour.
………….
Depuis près d’un demi-siècle, nous n’avons connu en France qu’une seule paix, et c’était la paix religieuse. C’est qu’elle était fondée sur les principes que nous venons d’énoncer. Pourquoi vouloir maintenant modifier les institutions qui les exprimaient ? Elles ont fait du bien à tout le monde, puisque c’est grâce à elles que l’anticléricalisme s’est heureusement démodé. Il ne fait pas de doute que leur remise en question desservira, plus qu’elle n’avantagera, les intérêts de la religion.
Nous avons toujours apporté à l’examen des problèmes religieux le respect et l’attention qu’ils méritent. C’est ce qui nous autorise à mettre en garde les catholiques contre les excès de leur conviction. Personne plus que nous ne souhaite le dialogue entre chrétiens et incroyants, parce que nous jugeons cela profitable. Mais l’école laïque est justement un lieu où cette rencontre est possible. Et avec toute l’objectivité du monde, il n’est pas permis d’en dire autant de l’école libre.
……………..
Si nous étions catholiques et si, comme il est naturel, nous voulions alors donner tout son rayonnement à notre conviction, nous déciderions la suppression pure et simple des écoles libres et nous participerions directement, en tant qu’individus, à l’enseignement laïque national. Les jeunes catholiques y gagneraient une expérience précieuse, celle du peuple de ce pays et d’une réalité nationale à l’écart de laquelle ils ont été trop souvent élevés. Peut-être suffirait-il, alors, de quelques années pour que l’Eglise perde ses tendances réactionnaires et trouve véritablement sa place dans le monde qui est en marche. Elle servirait ainsi un but commun, dont on conviendra qu’il remet à sa vraie place la querelle de subventions et de clocher dont on vient de nous gratifier."


G.L.


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