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Vendredi 19 Octobre 2018

 Lettre n°11: Chronique de l'antirépublique


   La liberté, du bar à l'église



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 Jeudi 27 Septembre 2007

 par Gilbert Legay


La moralité publique était en danger. Un café devra fermer sous prétexte qu'il est trop proche d'un lieu de culte… à vol d'oiseau ! Les corbeaux en leur vol noir sont de retour.


Avec ses 2 384 habitants, La Motte est une charmante bourgade du Var, fière de son vignoble, et de sa proximité avec une curiosité touristique de la région, le saut du Capelan, chute de trente mètres de la rivière Nartuby. Mais, tombant du ciel, un grave problème vient de perturber la quiétude des Mottois.

Voici les faits. Un débit de boissons était adossé à l’église. De sa propre initiative et afin d’être en conformité avec la loi, la municipalité a décidé de le déplacer à distance réglementaire, soit à quarante mètres. Ainsi, correctement situé depuis septembre 2004, le bar des Cascades allait pouvoir s’offrir comme un havre de paix et de convivialité où les Mottois pourraient acheter leurs journaux et leurs cigarettes, jouer au loto ou boire le verre de l’amitié.
L’installation fut entérinée par les services administratifs qui ne se réveillèrent que récemment, lorsque les tenants du bar des Cascades voulurent vendre leur fond. Vérification faite, l’administration s’aperçut qu’il manquait quelques décimètres pour que le bar soit à quarante mètres de l’église… à vol d’oiseau ! Le tribunal de Draguignan rendit un verdict de sagesse afin que les choses restent en l’état, considérant sans doute que les oiseaux n’étaient pas les plus concernés par la distance entre le bar et l’église ! Mais un recours en appel fut déposé, et la Cour d’Aix revint sur le premier jugement avec obligation de fermeture du bar des Cascades.

Depuis cette décision, les Mottois sont en colère. La fermeture éventuelle du bar des Cascades est considérée par la grande majorité d’entre eux comme une atteinte à leurs habitudes et commodités, et surtout, comme une décision stupide, pénalisant des exploitants en vertu d’une réglementation qui n’est pas appliquée dans le département, et en particulier dans la circonscription de Draguignan ! Plusieurs Mottois se sont mis en tête, négligeant le mode de déplacement des oiseaux, à l’évidence hors de leur portée, de mesurer entre les deux points, la distance parcourue par un piéton… Elle s’avère supérieure à quarante mètres, et certains même prétendent que cette distance est plus importante du bar à l’église que de l’église au bar ! Ils ont découvert aussi que le chemin était plus long pour trouver de la cohérence dans les décisions de l’administration, qu’elle n’en parcourt elle-même pour réussir à gâcher la vie des citoyens ! Attendons, en espérant le retour de la raison et le recours à une dérogation !



Gilbert Legay


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