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Mardi 11 Décembre 2018

 Lettre n°13: Un mot dans l'air du temps


   ONG



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 Mardi 27 Novembre 2007

 par Jean-Pierre Alliot


Amis de la Terre, Ligue pour la protection des oiseaux, Fondation Nicolas Hulot, Écologie sans frontière, Greenpeace, WWF (marque déposée). Pourquoi donc n’y avait-il pas de raton laveur au Grenelle de l’environnement clos le 25 octobre ? En cherchant un peu, on aurait bien pu, parmi ces Organisations non gouvernementales (ONG) en trouver une consacrée à l’amour des petites bêtes aquatiques. Elle aurait pu apporter un point de vue très respectable sur l’avenir de la Planète et sur les politiques à suivre pour assurer sa sauvegarde. Mais le pouvoir discrétionnaire du Président en a décidé autrement, et seules quelques ONG ont été admises.

Admises. Le terme, en effet, est désormais admis dans le langage politicien comme allant de soi. Pourtant, un examen rapide de quelques-unes des ONG présentes à cette réunion plus qu’officielle montre à quel point il ne va pas de soi, combien il est étrange, même. Tout le rapproche d’une belle figure de rhétorique : l’antiphrase, par laquelle une expression signifie son contraire.

Ainsi, la fondation WWF-France, ONG emblématique, n’en est pas moins administrée, pour sa branche française, par un conseil où siègent de droit des représentants du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, du ministre de l’Écologie et… du ministre de l’Intérieur. Son compte de résultat révèle d’ailleurs qu’elle dispose de 1,2 millions de recettes sous l’appellation « contrats publics ». La Fondation Nicolas Hulot, elle aussi, est très non gouvernementale, puisque le gouvernement est représenté dans son conseil d’administration par des émissaires des ministères de l'Intérieur, de l'Éducation Nationale et de l'Écologie. Ils y rencontrent cependant des citoyens très ordinaires, eux aussi. Un représentant de L'Oréal et un de TF1, ce qui n’a sans doute aucun rapport avec l’industrie des cosmétiques ou avec l’émission Ushuaïa. À but non lucratif, vous dit-on ! Ou plutôt, d’ailleurs, ne vous dit-on plus. L’expression a pratiquement disparu du vocabulaire des politiciens et des ONG. Obscène, dans le contexte d’une démission totale devant les actionnaires des sociétés capitalistes.

Ushuaïa, par exemple. «Si la Nature était labellisable, Ushuaïa s'imposerait comme l'un des symboles les plus emblématiques», nous avertit le site TF1 Store pour vendre un CD parmi les nombreux articles exposés dans la « Boutique Ushuaïa en ligne : livres, montres, jeux, vêtements Ushuaïa». Cette firme participe au Conseil de la Fondation Nicolas Hulot, d’une manière très désintéressée. Donc, indirectement et d’une manière tout aussi désintéressée au Grenelle de l’environnement organisé par le gouvernement de la République. Il s’agit, pour résumer, de l’intervention d’intérêts très prosaïques et très particuliers dans la définition d’une politique censément conforme à l’intérêt général.

Nous voici donc en des temps où les entreprises entreprenantes se dotent de fondations, d’associations, d’ONG respectables pour défendre leurs intérêts propres et intégrer les aspirations les plus pures dans le maelström des « eaux glacées du calcul égoïste ».

En France, la République a favorisé les associations, notamment avec la loi de 1901. S’est ainsi constitué un vaste champ ouvert aux initiatives des citoyens, aux confins des libertés individuelles et collectives. Dans ce domaine ont pris place des prolongements, souples et temporaires, des institutions destinées à prolonger l’œuvre de la République. C’est dans cet esprit qu’ont été créées, par exemple, les caisses des écoles, pour organiser les cantines scolaires, de manière à ne pas laisser la seule Église catholique occuper ce terrain et attirer à elle les petits-enfants.

Aujourd’hui, le « moins d’État » généralisé prive progressivement les citoyens des services auxquels ils ont droit, et d’abord ceux qui ont été construits selon le programme du Conseil National de la Résistance. L’État se concentre sur ce qu’il nomme ses fonctions régaliennes. Qualificatif parfois employé sans trop de réflexion, mais qui, par sa référence aux « rex », au roi, annonce bien un retour à l’Ancien Régime.

Toujours est-il que l’abandon par l’État des fonctions et des tâches que lui assigne la République s’accompagne naturellement d’une extension du rôle qu’il attribue arbitrairement aux ONG. Ces institutions, malgré le nom dont elles s’affublent, dépendent pour la plupart d’entre elles des subventions publiques, du gouvernement. Les dons qu’elles sollicitent et perçoivent sont le plus souvent des subventions indirectes, dans la mesure où elles donnent droit à des réductions d’impôts. Manière supplémentaire de réduire les ressources des administrations et les services dus aux citoyens. Et manière de justifier le rôle des ONG. Les donateurs, les bénévoles qui s’engagent pour soutenir l’action humanitaire pour exprimer en actes leur solidarité avec les malheureux qui souffrent sont pris dans ce cercle vicieux. Les responsables en sont d’abord ceux qui ont renoncé à l’intervention active de la République dans la société, celle qui devrait découler de sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.


Jean-Pierre Alliot


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