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Mercredi 22 Novembre 2017

 Lettre n°16: Chronique de l'antirépublique


   Latran Laïcité



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 Lundi 03 Mars 2008

 par Gilbert Legay


Le discours du Président de la République française (pour mémoire : indivisible, laïque, démocratique et sociale) à Saint-Jean de Latran le jeudi 20 décembre 2007, a suscité de nombreux commentaires sur sa vision réductrice de la laïcité, dans la presse écrite, radiophonique et télévisuelle.
Il semble utile de rappeler ce qu’est la laïcité, et le propos de Henri Pena Ruiz à ce sujet :

On ne peut définir la laïcité seulement par la liberté de conscience, en oubliant les deux autres principes constitutifs :
- l’égalité de traitement des convictions spirituelles, d’où résulte évidemment le refus de tout privilège public accordé à la religion ou à l’athéisme,
- et la stricte dévolution de la puissance publique à l’intérêt commun à tous



Les modifications envisagées par Nicolas Sarkozy, Président de la République. étaient déjà évoquées dans le rapport de la commission Machelon mise en place par Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur ; elles s’avèrent fondamentalement et dangereusement en contradiction avec les trois exigences constitutives de la laïcité.
Ces modifications concernent le glissement possible du cultuel vers le culturel, ce qui n’est pas un simple ajustement de vocabulaire. Elles impliquent la possibilité pour des organisations religieuses de bénéficier de fonds publics en application de la loi de 1901, mais en contradiction formelle avec le premier alinéa de l’article 2 de la loi de 1905 qui stipule :

La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte. En conséquence,… seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes


Si ces modifications étaient adoptées, elles ouvriraient la porte à toutes les demandes de financement , émanant de tous les cultes, trop heureux de profiter de cette manne payée par le contribuable, au détriment d’autres budgets en panne de financement, comme par exemple, celui de l’Education Nationale ! Ces nouvelles dispositions profiteraient aussi, il est utile de le rappeler, aux organisations intégristes liées aux grandes religions et à la myriade de sectes, déjà présentes sur le territoire ! Il y a grande difficulté à imaginer que ces largesses ne vont pas aiguiser l’appétit de toutes ces entités, qui vont se découvrir une vocation sociale en direction des quartiers populaires et des citoyens de leur confession.

Comment et par quelle autorité un contrôle de l’utilisation de ces sommes pourra-t-il être exercé ? Comment ne pas craindre le développement d’un communautarisme religieux qu’il n’est pas nécessaire d’encourager ? Comment admettre cette volonté fébrile de modifier la loi de 1905, qui a mis fin à des siècles de guerre de religions, au prétexte de garantir une paix civile, davantage menacée par ces incertaines réformes que par le statu quo actuel ?

Comment ne pas redouter à terme une concurrence entre les religions, alors que chacune d’entre elles aspire à être hégémonique ! Tout ce remue-ménage pour caresser dans le bon sens, les 9% des Français, Islam confondu, qui ont une pratique religieuse régulière, ( sondage CSA/ LA VIE / LE MONDE de mars 2003), et que ni rien, ni personne n’empêche, car ils en ont le droit, d’aller à l’église, à la mosquée, à la synagogue ou au temple. Il y a peu de raisons que ces chiffres se soient considérablement modifiés depuis 2003, à moins que les conflits inter-religions qui ensanglantent le monde ne les aient tirés un peu plus vers le bas !

Ces attaques portées contre la loi de 1905, donnent l’opportunité aux défenseurs de la laïcité de faire œuvre de clarification. Elles ouvrent paradoxalement la possibilité de lever enfin trop d’ambiguïtés qui depuis de nombreuses années, se sont développées et ont obscurci le débat sur un sujet fondamental.

Sachons saisir cette occasion !



Gilbert Legay


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