République !
Vendredi 19 Octobre 2018

 Lettre n°19: Un mot dans l'air du temps


   Conseil National de la Résistance



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Lundi 26 Mai 2008

 par Gilbert Legay


Il n’est pas nécessaire d’être très informé sur l’utilisation et la présentation de documents photographiques pour savoir et comprendre que toute image photo peut prêter à diverses interprétations, si elle n’est pas accompagnée d’une légende qui en clarifie le sens et l’intention ! Ainsi l’exposition des photos d’André Zucca à la Bibliothèque historique de Paris est une magistrale démonstration de ce qu’il ne faut pas faire !

L’exposition présente des photos du Paris de l’occupation, réalisées par un photographe employé par le journal Signal, outil de la Propaganda Abteilung du docteur Goebbels. L’absence d’un texte expliquant l’intention propagandiste de ces images peut sournoisement accréditer l’idée que les Parisiens, durant les années sombres de 1940 à 1944, s’accommodaient fort bien de l’occupation nazie. Plusieurs articles de presse ont relevé la maladresse des organisateurs et souligné que les images ne pouvaient (…et ne voulaient pas) témoigner de la réalité : la pénurie alimentaire, le couvre-feu, les rafles, les exécutions de «terroristes », les étoiles jaunes, les faits de résistance et la profonde aversion des Parisiens pour les occupants... Des mesures ont été prises pour que des textes viennent corriger la désagréable première impression, propre à réactiver certaines interprétations tendancieuses (les Français n’étaient pas collabos, même si certains firent confiance au vainqueur de Verdun et accordèrent crédit à la thèse de l’épée et du bouclier, qui paraît bien ridicule maintenant…l’espoir aidait à vivre !)

Mais en marge de cette exposition, deux questions se posent qui mériteraient éclaircissements :

1/ Est-il concevable qu’à la Mairie de Paris, personne n’ait pris conscience de l’incongruité de l’entreprise ? Est-il imaginable que des responsables de haut niveau aient pu donner leur accord à ce projet d’exposition, sans que des précautions élémentaires soient prises pour que le rôle d’André Zucca, sa subordination aux intérêts de la propagande nazie et la destination des photos soient clairement expliqués ! S’agit-il d’une évidente incompétence ou cela cache-t-il une intention perverse de modifier certaines réalités historiques ?

2/ Au prétexte d’une relecture de l’Histoire, d’autres intentions perverses se manifestent ponctuellement, soit pour s’attarder avec complaisance sur des exemples de collaboration (il y en eu bien sur !), soit pour nier la haine des Français à l’égard des occupants. Nier aussi dans la foulée la réalité de la résistance, l’importance stratégique des maquis (12 divisions estimait Eisenhower) et les risques courus par les milliers d’hommes qui ont franchi les frontières pour rejoindre le Général de Gaulle.
Il est normal de célébrer Jean Moulin, martyr de la barbarie nazie, mais facile d’oublier qu’il organisa et prépara l’unification, au sein du Conseil National de la Résistance, de toutes les sensibilités politiques, de droite comme de gauche, qui luttaient et sabotaient dans la clandestinité. Durant l’hiver 1943/1944, quelques mois après l’arrestation de Jean Moulin, ce même CNR, en liaison avec le Général de Gaulle, travailla à la rédaction d’un programme qui sera adopté le 15 mars 1944. Ce texte est en préambule des Constitutions de la quatrième et de la cinquième République, et nul n’est censé ignorer qu’il «instaura une véritable démocratie économique et sociale» dans notre pays (services publics, droits sociaux et syndicaux, droit au travail, liberté de la presse, accès à la connaissance et à la culture, égalité civique hommes/femmes, réaffirmation de la laïcité, etc…) !

C’est ce texte, socle du modèle français, que nos « libéraux réformateurs » s’efforcent de dévaluer pour mieux le faire passer à la trappe et imposer un ordre nouveau au service du capitalisme financier et du profit à court terme ! C’est ce texte, que Denis Kessler ex-numéro 2 du Medef de 1994 à1998, stigmatisait dans un éditorial du journal Challenge du 4 octobre 2007 : «Le modèle français est un pur produit du Conseil National de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. (…) Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du CNR !»

Parce que d’autres ont écrit sur le même thème, avec les mêmes arguments, il est possible de se demander si l’exposition d’André Zucca n’est pas un élément, certes dérisoire, de cette entreprise de démolition !


Gilbert Legay


  Autres articles


  Tribune
      Traité de Lisbonne : le soulagement des fulminants

    par Laurent Dauré




Le biais des médias en faveur de l'Union européenne n'est plus à prouver[i]. Le second référendum irlandais sur le traité de Lisbonne nous a donné une nouvelle occasion de constater l’unanimisme habituel. Les commentateurs dissimulent à peine le soulagement que leur procure le « oui...[Lire la suite]



  Tribunes
      L’introuvable souveraineté de l’Union européenne

   
par Laurent Dauré & Dominique Guillemin


Le non irlandais au traité de Lisbonne donne l’occasion d’entendre le discours de crise convenu qui accompagne désormais chaque remise en cause du projet européen. L’unanimisme foncier dont font preuve la plupart des commentateurs transparaît à travers leurs analyses tronquées, les...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2018 - Le Groupe République !