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Jeudi 21 Mars 2019

 Lettre n°20: Editorial


   Dormez en paix, citoyens !



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 Mardi 24 Juin 2008

 La relecture des grands débats politiques du passé se révèle souvent profitable. Comparons, par exemple, les balbutiements pathétiques des chefs politiques d’aujourd’hui avec les échanges vigoureux sur la question sociale entre Jaurès et Clemenceau, au début du 20ème siècle. À l’aune de nos références actuelles, on éprouverait presque l’étrange impression d’entendre deux dangereux révolutionnaires. Ils ne faisaient pourtant qu’énoncer des principes humanistes fondamentaux et confronter leurs vues à ce sujet ; mais ils avaient ce qui caractérise les grands acteurs de l’histoire : la volonté de transformer la société dans le sens de l’épanouissement de l’individu.

Rien de tel aujourd’hui. La seule préoccupation de nos dirigeants politiques est de s’insérer au mieux dans les contraintes économiques. Aucune volonté, aucune identité. Tout au plus acceptent-ils, dans le cadre de cette nouvelle fatalité, de tenter de juguler, évidemment sans succès, les conséquences les plus criardes de la catastrophe, qu’il s’agisse de la pauvreté ou du pillage de la planète. Alors, forts de leur bonne conscience, ils peuvent détruire ou laisser détruire tous les acquis des siècles derniers (voir article de Laurent de Boissieu). Tout y passe : code du travail, protections collectives, santé, retraites, services publics, citoyenneté, République, démocratie (voir article de Gilbert Legay). Et ils osent parler de progrès social alors que les directives de Bruxelles viennent de faire passer la durée hebdomadaire maximale du travail à 65 heures.

Bien sûr, ils feignent de s’inquiéter des conséquences de ces choix lorsqu’elles apparaissent trop insupportables. Ainsi, la bizarre affaire du mariage annulé pour cause de non virginité a fait hurler beaucoup de ceux qui ne s’inquiètent absolument pas de voir proclamer, dans le nouveau préambule de la Constitution, le principe de diversité en concurrence avec celui d’égalité.

Hypocrisie que tout cela ! Pour nos modernes responsables, l’individu n’a d’intérêt qu’en tant que consommateur ou qu’obsédé du profit.

La chose est tellement admise que les débats au sein du parti pseudo socialiste portent maintenant sur le thème « Plus libéral que moi, tu meurs ! » (voir article de Jérémy Mercier). Parallèlement on crée ou on fait créer la nième refondation de la gauche, manière d’occuper le terrain ou d’empêcher que d’autres l’occupent. Et si, par hasard, se profile une tentative de refondation réellement indépendante, elle est immédiatement qualifiée d’irresponsable et de dangereuse.

Dans cette grande braderie de la pensée et de la vie politique, le grand absent est le peuple. Déjà bafoué après son vote au référendum du 29 mai 2005, méprisé au travers du débat sur la révision constitutionnelle, le citoyen est invité à se taire et à laisser agir ceux qui savent. Écho des siècles passés, seuls décident ceux qui possèdent. Pour les autres, « dormez en paix, on veille sur vous ! ».

Et soudain, tel le génie de la bouteille, voila le peuple irlandais qui brouille un jeu si bien huilé. Et tous nos commentateurs de hurler : comment 3 millions de personnes peuvent-elles en gêner 500 millions ? Ils feignent ainsi d’oublier qu’on n’a pas demandé l’avis des 500 millions en question ou, pire, qu’on a bafoué leur vote. Merci donc aux Irlandais qui n’acceptent pas de se laisser endormir !





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