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 Lettre n°20: Note de lecture


   Peuples et identités



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 Mardi 24 Juin 2008

  Dans un contexte policé du discours européen et de la politique mondialiste, le peuple demeure un éternel perturbateur. Après l’effondrement de l’ordre balkanique européen, l’élection française de 2002 ou encore le « non » de mai 2005 au référendum sur le traité européen, selon les traits caractérisés par Philippe Mengue étudié ici, la révolte possible du peuple tenait en lisière une problématique arguant de l’existence d’un « bon » peuple et de « dangereux » populistes. Au prétexte de différenciation conceptuelle que l’histoire affectionne à l’envi dans les amalgames, procéder à une recherche de son « identité » aboutit à poser une équation complexe à résolution variable : peuple identifié, peuple ethnique, identité communautaire / territoriale du peuple, souveraineté démocratique et/ou républicaine. Autant de connotations idéologiques qui ne démêlent en rien les figures et concepts du peuple portant orientation, mutatis mutandis, pour l’avènement de la réalisation de son pouvoir autonome institué. Pourtant, différencier ces définitions, montrer les formes que le peuple prend dans tel type de société ou tel autre, voilà qui captive notre philosophe qui veut en éclairer l’importance capitale. Cependant, partant d’une lecture deleuzienne pour en définir un « mode d’être », Hardt et Négri avaient eux aussi, dans Empire (Ed. Exils, 2000, p. 427), placé leur réflexion sous le signe d’une citation de Deleuze : « Le peuple n’existe plus ou pas encore […] Le peuple manque ». Or, l’impasse théorique est au bout du développement de la thèse de ces grilles de lecture : la « multitude », le « rhizome » ou que sais-je encore, ne peut être appelé à résoudre la problématique du Peuple et des peuples à un niveau qui ne peut plus être contourné –celui de l’internationalisation de la question. Certes, la citoyenneté universelle n’est rien moins qu’un projet ancien et porte sui generis l’idée de cosmopolitisme et des utopies de « paix perpétuelle ». Ce qui importe véritablement au peuple soucieux de conquête de sa souveraineté est la boussole qu’il emprunte et la détermination qui le porte pour réaliser ses aspirations à l’émancipation. Peuples et identités est ainsi un essai qui contribue au débat. Mais un débat où vigilance acérée et attention doivent être de mise. Surtout si Heidegger est convoqué par notre auteur au même titre que Machiavel, Spinoza, ou Rousseau, comme il le relève, pour cerner le peuple dans « le temps » et sa forme inséparable de son assomption démocratique : « rien, à mon avis, ne laisse croire qu’il [Heidegger] a ‘introduit le nazisme dans la philosophie’ » (note 4, p. 214), pour ne prendre qu’une citation faisant œuvre presbyte de l’observation des faits politiques au sein de l’histoire de la philosophie contemporaine.



Peuples et identités, de Philippe Mengue, Ed. La Différence, coll. « Les Essais », Paris, 2008, 350 p., 23 €


O.P.


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