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Mercredi 14 Novembre 2018

 Lettre n°21: Chronique de l'antirépublique


   Livre blanc sur l'avenir de la fonction publique



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 Mardi 23 Septembre 2008

 par Chantal Templeraud


Il est de notoriété publique que le fonctionnaire est un nuisible, grassement payé à ne rien faire et cela, jusqu’à la fin des temps puisqu’il est assuré d’une sinécure à vie ! Heureusement, à la demande du Président de la République française, M. Silicani est venu mettre un terme à cette situation inacceptable dans son célèbre petit livre sous – titré : « Faire des services publics et de la fonction publique des atouts pour la France ». Tout un programme ! Evidemment, on ne l’avait pas attendu puisque depuis plusieurs années, les suppressions de postes se multiplient, ce qui permet de diminuer la charge de l’État en l’allégeant du montant correspondant des traitements. Les primes allouées aux fonctionnaires « de catégorie supérieure » ne font pas l’objet des mêmes restrictions, bien évidemment, puisqu’elles sont calculées en fonction de leur habilité à réaliser des « économies d’échelles ». Pour celles et ceux qui seraient un peu perdu(e)s dans ce jargon de cadres supérieurs, je présenterai prochainement un petit lexique circonstancié.

Les maîtres mots de cet ouvrage sont donc, fallait-il le préciser, suppression, modernisation et simplification… A la suite d’une conférence nationale sur les valeurs, les missions et les métiers de la fonction publique, dont les interlocuteurs ne sont pas clairement connus, il a été décidé de « rendre les services publics plus lisibles », fondés sur les valeurs républicaines (entre autre l’équité, mais je croyais que seule l’égalité était inscrite dans nos valeurs républicaines), les valeurs professionnelles (performance, évaluation, qualité, transparence, autonomie) et les valeurs humaines (engagement, respect et sens de la solidarité : les fonctionnaires français avaient attendu M. Silicani pour le savoir).

M. Silicani propose donc de clarifier les missions et les objectifs du service public pour en renforcer l’efficacité grâce aux méthodes de « gouvernance » et de « management » : bref, d’appliquer au secteur public les méthodes qui ont démontré leur inefficacité dans le secteur privé ! La suite coule de source : il s’agit tout simplement d’appliquer les directives du traité européen en ouvrant progressivement les entreprises publiques à la concurrence et de désengager l’État républicain de ses missions.

Les agents de l’État y sont affublés du doux nom de « collaborateurs » qu’il s’agit d’évaluer et tout cela dans la « rénovation du dialogue social ». Ils vont participer d’une fonction publique de métiers « attractive, mobile et performante ». Les 700 unités statutaires existant au sein de la fonction publique devront laisser la place à sept filières professionnelles sous quatre niveaux de qualification dont il serait fastidieux d’énumérer les contenus. Sous prétexte de remédier à l’opacité des modes de gestion des personnels de l’État, les filières seront plus mobiles et plus faciles à piloter. En quelques mots, il s’agit de supprimer purement et simplement le statut de la fonction publique en recrutant par priorité des contractuels et d’instaurer une mobilité calquée sur le modèle du secteur privé mais sans les avantages que celui-ci peut présenter. A l’heure actuelle, il est en effet prévu que les agents de l’État pourront se voir proposer deux postes et qu’en cas de refus ils seront considérés comme démissionnaires. Bien qu’ils cotisent depuis des années, par solidarité, à l’allocation chômage, ils ne semble pas prévu qu’ils puissent bénéficier d’une quelconque indemnisation, si ce n’est d’une vague prime de « départ volontaire ». La sécurité de l’emploi a été voulue par les membres du conseil de la résistance pour les fonctionnaires afin de leur permettre d’assurer leurs missions sereinement et dans la plus parfaite neutralité ; elle permet également à tous les citoyens d’accéder au service public dans l’égalité et la légalité : elle est donc destinée à disparaître pour laisser la place à la loi du plus fort.

Tout cela étant regroupé sous la bannière de la LOLF et sans concertation avec les représentants des personnels, qui sera surpris de voir mis en œuvre les « services d’intérêt général » à la mode du traité européen pour le plus grand bien de ceux qui auront les moyens d’accéder à la santé et à l’éducation, entre autres ?


Chantal Templeraud


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