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Mardi 20 Février 2018

 Lettre n°22: Note de lecture


   Sang mêlé (roman)



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 Jeudi 30 Octobre 2008

  La fripouille littéraire ne saisira-t-elle jamais le génie africain d’Albert Russo ?
Par sa langue involontairement simple comme celle d’un cador des Lilas, et le glamour en poésie, Russo débouche les artères du vieux monde. Sans répit, il égrène le sérieux de son œuvre construite pierre après pierre. Inlassable architecte de lui-même, notre auteur, connu dans le monde de l’enfance sous le sobriquet de Zapinette (il en a tiré des romans), éclaire sa lune par la satine du gel.
Sang mêlé, dans les années 60. Elisabethville, Congo Belge.
Léopold est un jeune métis adopté par le blanc Harry et Mama Malkia, une nourrice africaine corpulente et « forte en gueule ». Trois voix s’enchevêtrent dans ce roman. Harry porte la « souffrance suprême ». Homosexuel, il est exclu des riches cercles de colons. Triste ! Tel est le comble de l’échu fait homme. Ici, les couleurs fauves de l’Afrique nous ouvrent aux bouquettes de l’époque coloniale Belge. Nostalgie ? Oui et assumée. Puisque c’est la beauté et la jeunesse d’un continent où le colon convoite toute liberté et prête « l’oreille au corps, à sa musique / Ces accords intérieurs, heurtés ou merveilleux ». Et puis les gaies amours sont affranchies ; le colon tient les sceptres d’iroko et d’okumé… tous les pouvoirs pour sa jouissance.
Sous trois paires d’yeux, Albert Russo nous glisse un doigt d’observation de ce que fut la veille de l’indépendance du Congo Belge et sa curée de décadences et troubles identitaires magnifiés, dans ces pages, comme s’ils engageaient la politique de l’émancipation des hommes. Il faudrait pourtant examiner la réalité historique des partages de territoires entre anciennes puissances coloniales. Doit-on le réclamer d’un roman ? Oui, la plainte ne fait pas une politique.
Sang Mêlé : à lire… encore une fois, l’index braqué vers des dieux kimbanguistes.

- ALBERT RUSSO, Sang mêlé–ou ton fils Léopold, roman, Ed. Ginkgo, Paris, février 2007, 206 p., 15 €.



O.P.


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