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 Lettre n°26: Un mot dans l'air du temps


   Communication



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 Mercredi 25 Février 2009

 par Jean-Pierre Alliot


Les tomates d’Alger auraient-elles suivi une trajectoire calculée par une agence de communication? Si les discours actuels des politiciens et des idéologues s’étaient appliqués à l’épisode fameux où Guy Mollet a capitulé devant les colons, le 6 février 1956, nous aurions eu droit à cette interprétation savante. Et le «Je vous ai compris!» qui lui a été répliqué le 4 juin 1958 ne serait pas sorti du cerveau du Général mais d’un «coach» secret, employé par de Gaulle pour masquer son incompétence et son absence de volonté sous les dehors d’un machiavélisme génial. Qui sait si les industriels de la publicité ne s’aventureraient pas, également, à faire croire aux gogos que le mot d’ordre de «Rupture avec le capitalisme» sur lequel Mitterrand a été élu en 1981 est un de leurs produits, acheté à l’occasion d’un contrat mirifique.


Devant l’Histoire, ces délires ne tiennent pas une minute mais, face à l’actualité, nos journaux sont pleins de ces fariboles où les chefs géniaux s’entourent de très doctes spécialistes de la «communication» pour manipuler l’opinion publique et lui faire avaler des légendes fabriquées sur mesure. On parle alors de pédagogie, comme pour bien montrer que le sauveur suprême s’adresse à des enfants, qu’il aime mais qui n’ont pas compris, et qu’il faut guider sur une route difficile que lui seul connaît.


La réalité, tout le monde le sait bien, est tout autre, pour les hommes d’État. Animés d’une volonté politique fondée sur une analyse du rapport des forces en présence, dans leur camp et dans le camp adverse, ils élaborent une stratégie de prise du pouvoir et ils trouvent son expression, adaptée à tous ces impératifs. Pour ces hommes de dimension historique, point n’est besoin de «spin doctors». Simplement une force politique organisée en parti, qui élabore un programme, même si, pour le cas des gaullistes, ce programme se résume souvent au recours à un homme providentiel.


Aujourd’hui, la faillite des représentations politiques des forces économiques et sociales est telle que nous assistons aux querelles d’hommes et de femmes animées de la simple volonté de prendre le pouvoir pour y appliquer des absences de programmes, puisqu’il est admis par tous que le politique ne peut plus rien face aux réalités des lois de l’économie.


Alors le vide de la pensée se couvre d’oripaux acheté chez les charlatans de la jactance. Les industriels de la publicité, dont les instituts de sondage sont les intruments de travail quotidien, ont réussi à faire croire que leurs simagrées régissent le monde.


Un simple examen des faits devrait dissiper l’illusion mais nos dirigeants s’aveuglent, à moins que Jupiter ne rende fous ceux qu’il veut perdre et ne leur fasse oublier ce référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. La quasi totalité des médias ont fait campagne pour le oui, avec le résultat qu’on sait. Mais ce ne furent que des erreurs des «communicants», ont répondu les mêmes marchands de sondanges, entrevoyant de nouveaux marchés à conquérir.


Le mythe de la communication reine s’est installé chez les idéologues des classes dominantes comme pour persuader le bon peuple que ce sont bien les concepts et les mots qu’ils forgent qui décident des voies qu’empruntent les politiciens, formellement aux commandes. Il fut un temps où l’action de ces prétendus spécialistes des ressorts cachés de l’âme humaine et des réactions des foules était nommée «propagande», dans le sens imposé par le régime hitlérien. C’est cette propagande qui aurait formaté les sentiments, les pensées et les comportements des citoyens allemands de 1933 à 1945. La Propaganda Abteilung de Joseph Goebbels serait à l’origine de tout le mal. Ce qui a précédé l’accession au pouvoir du parti Nazi est ainsi magiquement effacé de la conscience historique. La terreur exercée par les Sections d’Assaut contre le mouvement ouvrier, ses syndicats et ses partis, n’aurait plus aucune part dans la victoire de Hitler. Sa nomination comme Chancelier du Reich serait le simple effet du jeu démocratique des forces électorales et de la puissance persuasive d’ouvrages aussi savant et subtils que «Mein Kampf» ou de l’intense charge d’émotion esthétique des œuvres du peintre autrichien trop longtemps méconnu.


Les désastre provoqués par le régime stalinien ont suscité des explications de la même profondeur insondable, où les maîtres à penser discernent autant la bêtise des masses que le génie manipulateur des élites.


Le fond de l’affaire réside dans l’impuissance des partis au pouvoir à élaborer une pensée politique, des programmes aptes à résoudre la crise économique, sociale et politique. Ces partis sont tellement soumis à la loi du marché qu’ils sous-traitent l’élaboration de leurs ersatz de pensée à des «think tanks» ou des entreprises de «com» sans voir que la prétendue victoire d’une des branches du biparti dominant n’est que la défaite de l’autre.



Jean-Pierre Alliot


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