République !
Mercredi 22 Novembre 2017

 Lettre n°27: Editorial


   La longue marche arrière



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Samedi 21 Mars 2009

 Notre République, la cinquième depuis la Révolution, est régie par la seizième Constitution de son histoire. Adoptée par référendum le 28 septembre 1958, elle renvoie à deux textes fondamentaux de référence : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946.

Que constatons nous aujourd’hui ? Cette Constitution, taillée sur mesure pour la personnalité du général De Gaulle, se lézarde de toute part, bâtiment éprouvé par les ans. Ce ne sont pas les replâtrages des très (trop) nombreuses modifications, référendaires ou non, et l’adjonction de la Charte de l’Environnement qui vont y changer quelque-chose.

Seuls se dressent encore les piliers fondamentaux de l’édifice, vestiges d’un passé où la démocratie “gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple” avait une réelle signification et n’était pas devenue qu’habillage en trompe-l’oeil.

Trois exemples de ce déni de démocratie : le mépris des populations des départements d’outre-mer, la transformation des élites en caste auto-proclamée, la confiscation de la souveraineté nationale.

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.” (article premier de La déclaration des droits de l’Homme)

Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.” (préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 )

En écho à ces textes, pendant trop de jours, un silence méprisant a répondu aux attentes de nos concitoyens des départements d’outre-mer avec les résultats que l’on sait (voir l’article de Gilbert Legay sur la Guadeloupe). A croire que tout ce qui ne contribue pas à la promotion de notre autocrate n’a pas à exister.

Le pouvoir actuel méprisant les traditions républicaines fondamentales piétine allègrement les lois, quitte à mentir honteusement quand le coup tordu est par trop visible. Pour cela il se trouve des affidés qui profitent allègrement de l’absence de démocratie qu’ils contribuent à amplifier.

Il est vrai que depuis bien longtemps s’est constituée une caste privilégiée (tout corps social sans contrôle en génère, hélas, la nature ayant horreur du vide) prétendant tout connaître par auto-proclamation injustifiée d’une prétendue expertise. Elle déclare sans pudeur représenter ce qu’il y a de meilleur (pour qui ?), quitte à s’engager sans concertation réelle dans des réformes aventureuses. Sciences-Po et l’ENA deviennent des “business schools” chantres du libéralisme débridé, abandonnant leur mission primitive de se consacrer au bien-être de tous les citoyens. C’est la parfaite illustration de la déviation de pensée des élites républicaines que l’Etat désirait former : Doit-on s’en étonner quand on connaît l’évolution de leur recrutement, modèle social et politique inégalitaire ? Il ya cinquante ans, 21% des étudiants de Polytechnique, de Normale sup et de l’ENA provenaient des milieux populaires. Ils sont désormais 7%... (voir l’article de Jérémy Mercier sur les élites).

L' article 11 de la Constitution prévoit le recours au référendum pour toutes les questions engageant l'avenir du pays. La réintégration dans l’OTAN n’est-elle pas une décision suffisamment grave correspondant à l’esprit de cet article pour qu’il soit demandé son avis au pays : elle remet en cause, de fait, l'indépendance de la France, sa souveraineté nationale et en corollaire sa perception dans le monde. Excusez du peu ! (voir l’article d’Edmond Dathos sur l’OTAN). La manière désinvolte employée pour décider de cette réintégration souligne la façon dont le pouvoir est maintenant exercé. Pour la masquer, solliciter un vote de l’Assemblée nationale sur une motion de censure prétexte et dont le résultat est acquis d’avance, démontre en quel mépris on tient le peuple. Cette manière de faire ne trompera que ceux qui veulent bien l’être et souligne combien cette Constitution est inadaptée à un vrai régime démocratique. Il devient urgent de s'élever contre cet exercice personnel et dangereux du pouvoir et de changer de Constitution.

A force de regarder vers le passé, les dirigeants avancent vers le précipice sans le voir.






  Autres articles


  Lettre n°20: Un mot dans l'air du temps
      Libéral

    par Jérémy Mercier


Le conflit polysémique propre au terme « libéral » tend à masquer un projet cohérent d’autonomie centrée sur le seul individu au détriment de l’intérêt général. Le libéralisme, considéré comme l’ensemble des doctrines qui tendent à garantir les libertés individuelles dans la société est en cela susceptible d’ambigüité,...[Lire la suite]



  Lettre n°37: L'événement
      Des retraites sur fond de tensions

    par Jérémy Mercier



Le gouvernement ouvre sa fameuse réforme des retraites. Les grands médias s’agenouillent. Le « temps de la décision », comme l’avait dit M. Sarkozy l’année dernière, viendra « mi-2010 ». Les acteurs du monde syndical, salariés et fonctionnaires pourront-ils s’en réjouir ? Ce temps...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2017 - Le Groupe République !