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Jeudi 23 Mai 2019

 Lettre n°27: L'événement


   Crise en Guadeloupe



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 Samedi 21 Mars 2009

 par Gilbert Legay


J’ai honte !.. J’ai honte parce que je suis citoyen d’une République
en laquelle je crois de toute la force de mes convictions…
Une République qui, quand elle est bien servie, doit s’occuper
de tous ses enfants avec le même souci de justice,
afin qu’aucun d’entre eux ne soit défavorisé, qu’aucun ne soit oublié !
Mais il ne suffit pas que les effets de la crise boursière et financière
plongent des centaines de milliers d’hommes et de femmes
dans l’angoisse du chômage ou de la précarité,
nos compatriotes de Guadeloupe sont descendus dans la rue
pour nous rappeler les effets d’une autre crise,
UNE CRISE INJUSTE et PERMANENTE qui les frappe depuis des lustres !
Une situation qui oblige à se poser quelques questions :



1 / On sait depuis fort longtemps que dans les Antilles françaises
comme en Guyane, à la Réunion ou dans le Pacifique,
les prix sont beaucoup plus élevés qu’en métropole,
avec des écarts pour des produits de base, de plus 25 à 95% !
On sait, mais on ne fait pas grand-chose pour y remédier !
On laisse s‘épanouir les monopoles, se multiplier les taxes portuaires ou autres,
subsister l’archaïque octroi de mer qui date de Colbert,
alors que l’on a aboli les frontières en Europe…On sait, mais on ne fait rien !
Le chômage bat des records avec un taux moyen de près de 27%
et un record pour les jeunes femmes de moins de 30 ans avec 49%.
On délocalise bien en Thaïlande, pourquoi pas aux Antilles ?
Alors, depuis le temps que cela dure, on se demande à quoi servent
les ministres de l’Outremer, leurs cabinets d’experts, les préfets galonnés ?
Quels sujets évoquent-ils durant les réceptions et les voyages officiels,
parlent-ils de la beauté des plages ou du bonheur des Antillais ?
Ou attendent-ils que les problèmes se résolvent comme par miracle ?
En bref, faut-il en déduire que personne n’a rien vu venir
et juger utile de proposer quelques mesures pour désamorcer la bombe ?




2 / Les Guadeloupéens excédés (…on le serait à moins !)
sont descendus dans la rue le 20 janvier pour une grève générale de protestation.
Les autorités responsables n’ont bougé qu’avec une lenteur calculée,
estimant peut-être que l’absence de décision allait fournir solution au problème,
selon une stratégie longtemps mise en oeuvre avec succès.
Mais il n’en fut rien et commença le cycle infernal :
manifestations, barrages, actes de vandalisme, arrivée du Ministre, table ronde,
départ du Ministre, colère, provocations, renforts de forces de l’ordre,
bombes lacrymogènes, armes à feu, un mort, des blessés,
…c’est « une crise identitaire et politique » ont conclu les autorités !
Finalement, après quelques péripéties supplémentaires,
tout le monde s’est réuni autour d’une table et il fut accordé aux contestataires
ce qu’ils demandaient trente et quelques jours plus tôt !
Si quelques dérapages communautaristes regrettables se sont manifestés,
ils n’étaient que le fait d’une minorité, en réaction à l’autisme métropolitain.
L’ennui, c’est que la contestation s’est propagée entre-temps,
et pour les mêmes raisons, en Martinique, à La Réunion,
et demain peut-être ailleurs !
Faut-il en conclure que l’art de gouverner
se réduit maintenant à une sempiternelle répétition des mêmes erreurs ?




3/ Les autorités n’ont pas vu venir le mécontentement de nos concitoyens antillais
…il semble qu’elles n’aient pas davantage vu venir la crise boursière,
que pourtant de multiples signes annonçaient.
Comme le dit l’adage, l’art de gouverner est aussi l’art de prévoir,
et il est inquiétant de voir la République malmenée par des tempêtes
que ses prévisionnistes politico-météorologistes n’ont pas su deviner
dans un horizon toujours incertain et tourmenté.
Les citoyens de ce pays restent plus attachés qu’on ne le croit
à l’idée d’une République juste et généreuse,
attentive à ce qu’aucun citoyen ne soit écarté ou relégué,
sans distinction de sexe, de couleur de peau, de religion, d’opinions politiques
ou d’origines sociales, qu’il soit de métropole ou des terres ultramarines.
Chacun d’entre nous a des devoirs et des droits, et s’il est légitime
de rappeler en permanence les premiers à ceux qui pourraient les oublier,
il est tout autant légitime de permettre à celui qui est lésé dans ses droits
de les réclamer sur l’air des lampions et de manifester.
Il n’est pas inutile non plus de rappeler que la mission
de ceux qui portent les plus hautes responsabilités, reste de scruter l’horizon
afin de prévenir le méchant grain qui pourrait secouer le bateau
et compromettre un minimum de confort pour les passagers.
Il serait bon aussi, de temps en temps, de s’interroger pour savoir
si la destination du bateau est toujours en accord
avec les attentes des passagers-citoyens ?




Gilbert Legay


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