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Mardi 17 Juillet 2018

 Lettre n°28: Un mot dans l'air du temps


   Violence



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 Vendredi 17 Avril 2009

 par Gilbert Legay



La violence envahit notre quotidien, elle est présente dans les colonnes des journaux et dans les échos radiophoniques ou télévisuels qui la commentent… D’aucuns peuvent nous rappeler que la violence, comme le pensait Freud, est inhérente à la nature humaine, mais c’est un postulat qui peut dangereusement conduire à expliquer, voire à justifier toute violence, alors qu’il est a priori obligatoire pour la juger, d’en connaître la cause ou les raisons profondes. Ainsi, celui qui donne un coup non justifié, est davantage coupable que celui qui le lui rend par souci de réciprocité.



Il est quasiment officiel que les forces de police soient astreintes désormais à des résultats dans leur distribution quotidienne de PV. Cette information s’est trouvée confirmée par des agents de la force publique qui regrettent d’avoir ainsi sanctionné des conducteurs innocents de toute faute. Il y a là une violence administrative qui n’appelle malheureusement aucune réponse, si ce n’est l’envie de coller un grand coup de poing sur le timbre de l’enveloppe qui contient le chèque de l’amende…faute de ne pouvoir le coller ailleurs !


Beaucoup plus grave est la violence physique dont font preuve fréquemment certaines forces, dites de sécurité. Interpellations brutales, fouilles au corps, propos déplacés voire insultants, avec risque, si la victime est jeune, basané ou revendique un minimum de respect, de se retrouver plaquée au sol et menottée…Situation qui se prolonge le plus souvent par une garde à vue, et quelquefois par une détention en attente de jugement. Il est dommageable pour l’équilibre de notre société, que le maintien de l’ordre, et les nécessaires contrôles qu’il implique, ne soient pas effectués avec une sérénité élémentaire ; les dérives actuelles auront pour conséquence, une défiance accrue de la population à l’égard de ceux qui sont censés les aider et les protéger, comme cela doit être, dans le respect de l’éthique républicaine. Autre conséquence violente, cette dérive sécuritaire remplie nos prisons, qui ne sont pas les meilleures écoles pour apprendre le civisme et remettre les brebis égarées dans le droit chemin ( …on le saurait si c’était le cas !)


Ce rappel est utile suite aux récents événements de Strasbourg, où sont venus manifester des citoyens pacifiques, hostiles à l’Otan, que notre pays réintègre avec armes et bagages, sans que les citoyens aient été consultés, sans que la stratégie agressive d’encerclement de la Russie soit dénoncée, sans que cette engagement soit chiffré et sans que soit justifiée cette lutte contre une incertaine menace terroriste, fruit des phantasmes de W. Bush… La violence politique d’une telle décision s’est combinée avec la violence policière qui s’est déployée pour égarer les convois de cars, faire converger les manifestants pacifiques vers des lieux où ils se trouveront mêlés aux « Black blocks », et d’après les témoignages, traités comme tels, avec jets de lacrymogènes, tirs de flash-ball, et canons à eau !



Il n’est guère étonnant dans un tel environnement, que la violence ne génère coup pour coup, d’autres violences. Les effets de la crise boursière se multiplient dans toutes les régions de France ; des salariés que l’on avait rassurés sur l’avenir de leur entreprise, d’autres à qui l’on avait promis des
plans, des compensations, des formations, des reclassements, se retrouvent un matin sans leur outil de travail, sans avenir, chacun avec une femme ( peut-être au chômage ), des enfants, et en plus sur les bras, le crédit de la maison ! Etonnez-vous qu’ils aient envie de tout casser et d’enfermer le patron dans son bureau, étonnez-vous qu’ils aient le réflexe de répondre à la violence sociale qu’ils subissent par la violence désespérée de ceux qui n’ont plus rien à perdre.



Dès le début de la crise, de véhémentes déclarations laissaient espérer que les fautifs seraient punis et que le capitalisme libéral subirait une sévère cure de désintoxication. Madoff qui a plumé les riches est en prison, mais aucun grand responsable de banque ne se sent menacé et les paradis fiscaux peaufinent les moyens d’échapper aux nouvelles contraintes, d’ailleurs pas très sérieuses, voulues par le G20. Par contre, des décisions importantes sont adoptées, et des conquêtes républicaines menacées, sans que le peuple ne soit consulté et sans qu’il puisse exercer sa souveraineté, au mépris des principes de la République et de la Démocratie. Quand les gouvernements promettent et ne tiennent pas leurs engagements, violence politique et violence économique se conjuguent alors pour exercer leur tyrannie sur les plus faibles et appellent en réponse, c’est le grand danger, d’autres violences !


Gilbert Legay


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