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Mardi 17 Juillet 2018

 Lettre n°3: Chronique de l'antirépublique


   Le couple du oui part en campagne



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 Samedi 25 Novembre 2006

 par Jean-Pierre Alliot


Les choix principaux des candidats préélus sont faits, puisque leur politique économique respectera les diktats de l'Union européenne. L'élection se prépare sur fond de remise en cause des principes républicains.


Le plébiscite de 2007 se prépare. Une même médaille avec deux faces est déjà présentée au peuple qui, après avoir rejeté le traité européen en 2005, est appelé à voter pour le couple du oui. Comme pour le référendum, l’industrie médiatico-sondagière a défini, bien avant les échéances publiques, les termes du bon choix. Ce sera Mme Royal et M. Sarkozy, le sauveur suprême et la mère supérieure.

Leur programme, dans la mesure où ils l’affichent, est une série de variations sur des thèmes connus. Nous n’y reviendrons pas ici, sauf pour signaler que ce ne sont que des curseurs qui seront effleurés, car il faudra avant tout que les critères de convergence européens soient respectés. Le reste est littérature, dans un pays où le chômage de masse détruit peu à peu les acquis de la civilisation et de la démocratie.

L’important étant déjà décidé, la campagne parlera d’autre chose. Mais toujours signifiera le mépris du peuple et de la République que manifeste notre couple vainqueur.

M. Sarkozy a fait de son épouse un personnage éminent des allées du pouvoir et l'a exposée, en sa compagnie et celle de leurs enfants, dans la presse dûment chapitrée. Du point de vue des institutions républicaines, il y a déjà de quoi s’étrangler, bien que la chose soit devenue banale. Népotisme et pipolisme sont deux mamelles de la démagogie. Mais un jour, M. Sarkozy a décidé de répudier l’épouse des brillantes pages des magazines. L'ancien directeur de la rédaction de Paris Match Alain Genestar a été licencié en juin dernier pour avoir enfreint la consigne et publié sa photo en compagnie non voulue. Alain Genestar sait de quoi il parle, quand il lance cette affirmation. Il ajoute que « dans un grand pays libre et démocratique comme le nôtre, il n'est pas concevable qu'un ministre de l'Intérieur puisse être à l'origine du limogeage d'un journaliste ». Mais le ministre-candidat est un ami proche du propriétaire de l'hebdomadaire, M. Arnaud Lagardère. La rédaction de Paris Match avait fait le 29 juin une grève, la première depuis 1968, pour protester contre « l'éviction » d'Alain Genestar de son poste de directeur de la rédaction « à la suite de la couverture du 25 août 2005 montrant Cécilia Sarkozy et son compagnon ». Avant son élection ardemment désirée, œuvrant dans un domaine où il n’a pas légalement autorité, M. Sarkozy manie le bâton téléguidé avec une maestria et une efficacité telle qu’il est normal de redouter la perspective des pleins pouvoirs qu’il convoite.

Mme Royal a imaginé une manière de ne pas appliquer la volonté exprimée par le peuple le 29 mai 2005. «Chacun sait bien […] que ni les Français ni les Néerlandais ne revoteront sur le traité constitutionnel », a-t-elle dit le 11 octobre. Mais c’était pour ajouter que « la présidence française lancerait une convention chargée de rédiger le texte de la réforme institutionnelle qui serait présenté aux peuples, le même jour, suivant la procédure que chaque pays aura choisie ». Une autre manière de remettre le couvert, mais en espérant que les Français et les Néerlandais seraient minoritaires au milieu des Vingt-Sept.

Pour qui est élu dans ces conditions, répondre de son mandant est un exercice de style très particulier. «C'est pourquoi, a-t-elle dit le 22 octobre, je pense qu'il faudra clarifier la façon dont les élus pourront rendre compte, à intervalles réguliers, avec des jurys citoyens tirés au sort. » C’est en effet plus simple que d’appliquer les décisions du peuple. D’ailleurs, a-t-elle précisé, «il existe bien d'autres jurys que ceux des cours d'assises, comme les jurys littéraires ou d'examen. J'ai expliqué ce mot pour que l'idée continue à faire son chemin. Ça, c'est une façon moderne de faire de la politique ». Moderne, en effet, un peu comme les sondages qui l’ont propulsée au sommet. Cette façon, ce sont des élections vidées de sens parce que les programmes sont semblables à la nuance près, parce que les candidats sont choisis par des spécialistes de l’industrie médiatico-sondagière, parce que les partis se dissolvent volontairement en acceptant les a priori économiques et sociaux que refuse le peuple. Cette façon, c’est celle qui conduit à ne pas appliquer les décisions du peuple, quand elles ne correspondent pas aux volontés des gouvernants.

Pour cette politique, l’idéal, c’est le sondage. Un échantillon prétendument représentatif, des questions calculées pour imposer la réponse et des calculs d’apothicaire pour corriger les résultats. Finalement, le « jury citoyen » de Mme Royal est un symptôme, inattendu mais logique, de la sondagite qui a gagné le pays. Ce pays où la présidente d’un institut de sondages a pris la tête de l’organisation « représentative » du patronat.


Jean-Pierre Alliot


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