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Jeudi 24 Janvier 2019

 Lettre n°31: Chronique de l'antirépublique


   Le pouvoir s'abreuve à l'eau de Vichy



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 Jeudi 17 Septembre 2009

 par Michel Lambalieu



De trop nombreux exemples illustrent la soif d’absolutisme, l’appétit despotique et la partialité de classe de l’actuel Président de cette Vème République, devenue tristes vestiges des précédentes.

On peut citer par exemple : la basse flatterie d’une communauté religieuse par intervention directe auprès du Parquet contre le jugement rendu dans une affaire criminelle sordide (le gang des barbares), les directives pour rendre service aux amis (arbitrage particulier dans l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais)ou le classement sans suite des entorses à la déontologie (affaire Pérol). Pendant ce temps des syndicalistes sont lourdement condamnés et des évadés fiscaux simplement morigénés avec beaucoup d’égards.



Ces incursions permanentes dans le pouvoir judiciaire pour imposer et obtenir des décisions conformes à ses souhaits personnels bafouent en permanence la séparation des pouvoirs, base intangible de l’équilibre républicain.



Rachida Dati en février devant les élèves de l’école de la magistrature n’exprimait rien d’autre sans ambages avec une franchise cynique :”l’indépendance de la justice n’est pas un dogme, il ne suffit pas de la proclamer, elle se mérite”. Magnifique déclaration pour un Garde des Sceaux
d’un gouvernement marqué par la culture du résultat et les déclarations fracassantes sans suites.



L’attaque générale contre le principe absolu de séparation était rappelée dans le numéro 25 de “République !” par Nuri Albala qui démontrait que cette volonté de faire disparaître les juges d’instruction signifiait la disparition du principe d’indépendance de la justice et celle des droits équitables de la défense.



Certes, nous ne sommes plus au siècle des Lumières qui suivit celui de la Princesse de Clèves revenue à la mode suite aux déclarations que l’on sait. Cette entreprise de démolition présentée comme une réforme, désigne les critiques comme des conservateurs décadents d’un autre âge:

Ces critiques “de peu” ont pour nom Spinoza, Algernon Sidney, Henri St Jean de Bolingbroke, mais surtout Montesquieu.



Rappelons qu’en 1748 ce dernier écrivait dans le livre XI de De l’Esprit des lois :”il n’y a point (encore) de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice(...) Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un oppresseur”.



Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas énoncée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution” est-il proclamé dans l’article 16 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen d’août 1789.



Il y a déjà des tristes antécédents à ces attaques actuelles : Souvenons-nous que sous le gouvernement de Vichy, l’ancien ministre de l’intérieur, Pierre Pucheu, membre éminent du patronat français, considérait en 1942 que « la justice n’est qu’une branche de l’administration, et une branche inférieure », comme le rappelle fort à propos Gilles Sainati dans Le Monde Diplomatique de juin, en citant cette phrase du livre ” Le droit sous Vichy” . C’est ce même triste individu qui permit par son attitude la désignation de Guy Moquet au général Stülpnagel...

C’est la raison pour laquelle le 15 mars 1944 le Conseil National de la Résistance dans les mesures à appliquer dès la libération du territoire rappelait "l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi”.



Désolé, Monsieur Sarkozy, les français n’ont pas tous la mémoire courte. Ils connaissent les fondements inébranlables de la République.


Michel Lambalieu


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