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Mardi 20 Février 2018

 Lettre n°33: Un mot dans l'air du temps


   Identité nationale



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 Vendredi 20 Novembre 2009

 par Anne-Cécile Robert



«Il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français » martèle M. Eric Besson. Le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire lance en effet un « grand débat sur l’identité nationale » en ce début novembre 2009. Le successeur de Brice Hortefeux a même créé un site dédié à cette opération très médiatisée. Evidemment, les mauvais esprits ont d’emblée souligné le caractère quelque peu saugrenu de cette initiative pour celui qu’on surnomme le « ministre des expulsions ». A moins que cela ne soit, chez M. Besson, l’expression de remords ou de doute. Mais l’homme, dont le ministère amalgame immigration/intégration/identité de manière douteuse, semble… étranger à de tels sentiments.


L’opération « identité nationale » participe à n’en pas douter d’une manœuvre de diversion alors que le monde affronte une crise économique sans précédent depuis 1929. Il est vrai que les insolents bons résultats des banques (qui s’apprêtent à fêter Noël à coup de bonus mirobolants) détournent opportunément l’attention médiatique de la montée en flèche du chômage et de la dégradation continue des conditions de vie.


Toutefois, malgré ses aspects tactiques, le « grand débat » gouvernemental coïncide sans doute avec un vrai malaise dans la population. Nombreux sont les Français qui ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils vivent. Rien d’étonnant à cela : les politiques ultralibérales menées depuis 1983 ont petit à petit détruit les références familières. Le modèle social, que -paraît-il- le monde nous envie, est méthodiquement démantelé. Le débat sur la privatisation de la Poste révèle l’attachement des Français à leurs services publics, tous sous le feu nourri des psychopathes de la finance. La réforme territoriale (voir l’article de Christian Berthier) achève d’autant plus de déboussoler la population qu’elle s’inscrit dans une dérive autoritaire du pouvoir. Moins les gens ont de repères (on va même jusqu’à changer les antiques plaques d’immatriculation automobiles où chacun pouvait reconnaître les départements), plus ils sont manipulables et un président inspiré par Napoléon III y trouve évidemment son compte.


Pourtant, contrairement à ce que laisse entendre le gouvernement, l’identité nationale n’est pas un objet caché qu’il faudrait retrouver avec une carte aux trésors. Surtout si celle-ci est tracée par les mains sélectives d’une « mémoire » officielle malintentionnée. « Pour vous, qu’est-ce qu’être Français ? » demande le site créé par M. Besson. Répondant comme à leur habitude, le petit doigt sur la couture du pantalon, les ministres du gouvernement Fillon, se sont lancés dans un concours de généralités peu engageantes à leurs yeux. Nadine Morano, ministre de la famille, évoque ainsi la Marseillaise, le drapeau tricolore, le triptyque républicain. Si on partage sans réserve ces références, il n’a échappé à personne que Nicolas Sarkozy et son gouvernement passent leur temps à les contredire ou à les vider de leur sens. Ils cherchent ainsi à les banaliser pour mieux les fondre dans la ronde folklorique des cultures mondialisées. Liberté, égalité et fraternité sont bafouées systématiquement depuis des décennies : ratification forcée du traité de Lisbonne, iniquité fiscale, mise en concurrence des citoyens par le culte de la performance, etc.


L’identité nationale n’est pas un trésor caché à découvrir : elle relève avant tout du choix politique. Celui que les Français ont effectué en 1789 et 1792 : souveraineté populaire, droits de l’homme et du citoyen, République. Mais pas d’identité nationale non plus sans passion politique. Alors que de nombreux pays sont fondés sur un consensus que les Anglais nomment pragmatisme, la démocratie française cultive depuis toujours le dissensus. C’est ce goût du débat qui lui a souvent fait repousser les frontières de la liberté en inventant une République à nulle autre pareille. Ce trait a notamment été souligné par l’élection de Barack Obama. Dans un de ses premiers discours, le nouveau président des Etats-Unis a réclamé que les principes de la Déclaration d’indépendance (1776) s’appliquent aux Noirs qui en ont été explicitement exclus à l’époque. Les Américains ont en effet créé leur République en maintenant l’esclavage. En revanche, les Français ont fondé la leur en abolissant cette exploitation criminelle (1794). Deux révolutions, deux choix dans l’ordre des valeurs.


Anne-Cécile Robert


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