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Lundi 21 Mai 2018

 Lettre n°35: Un mot dans l'air du temps


   Pense aux générations futures



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 Lundi 25 Janvier 2010

 par André Bellon



Il y a bien longtemps que les citoyens n’avaient pas été abreuvés d’un tel déferlement d’émotion et d’injonctions concernant le sort des « générations futures ». « Il ne faut pas dépenser trop car le déficit public sera payé par nos petits enfants. Il ne faut pas consommer trop car la planète doit être léguée en bon état à nos successeurs…. »

Ce tsunami de bonnes intentions affichées à l’égard des enfants à venir prête de plus en plus à suspicion. On voit, en effet, qu’il a pour premier effet de couper court à la discussion et au débat pour, en général, justifier des réponses toutes faites (par qui ?) à des problèmes (souvent réels) qui pourraient en appeler des centaines. Le discours n’est pas, à cet égard, sans évoquer celui des grandes religions qui demandent de sacrifier la vie actuelle au profit d’une vie future dont personne ne sait rien. Ce qui revient, au passage, à confier son sort présent à des intermédiaires qui parlementent pour nous avec les forces qui gouvernent le monde et qui échappent au commun des mortels. Le principe est, en effet, le même : acceptez de souffrir. C’est finalement pour votre bien et celui de l’humanité.

La seule différence avec les religions classiques est qu’il n’est plus question de se sauver soi-même, mais de sauver les autres. La culpabilisation est à l’ordre du jour. Mais, apparemment, certains sont plus coupables que d’autres.

On constate, en effet, que ce discours est de plus en plus alimenté, développé, encouragé par beaucoup de ceux qui d’ordinaire ne s’intéressent pas du tout à leurs concitoyens. Combien d’obsédés du déficit des finances publiques échappent-ils peu ou prou à l’impôt ? Combien d’associations pour la défense de l’environnement sont-elles financées par de remarquables pollueurs de la planète ? Et combien de dirigeants qui larmoient sur le monde que recevront les enfants à venir sont-ils responsables de la destruction des acquis sociaux, des services publics que les générations antérieures avaient justement bâti avec constance et effort ?

Alors, si on comprend bien, construire un monde inhumain serait dans l’intérêt des générations à venir. Mettre à bas le droit du travail serait fait pour le bonheur des futurs salariés. Détruire les services publics serait le souhait des adultes à venir qui aspireraient à payer les dividendes des nouveaux actionnaires et à subir la disparition des hôpitaux et des écoles publiques. Casser les instruments de la solidarité, à commencer par la Sécurité Sociale et les retraites, serait construire la nouvelle solidarité avec les futurs malades ou les futurs retraités.

Il n’est pas acceptable que ceux qui profitent du système culpabilisent ceux qui ont les maigres avantages gagnés par les luttes de leurs ancêtres. Si ceux-ci ont combattu, ce n’est pas pour se sacrifier, c’est pour un mieux être qu’ils voulaient léguer à leurs enfants.

Tous les arguments sont viciés. La diabolisation de la dette se révèle idéologique. En effet, s’il y a dette, c’est aussi parce que celle-ci finance des biens pour tous, ces biens que justement les donneurs de leçon veulent privatiser. Dans l’intérêt des « générations futures » sans doute ?

Certes, des menaces pèsent sur la terre. Mais il est inacceptable que ceux-là même qui détruisent la planète sans accepter le moindre contrôle soient aussi ceux qui seraient chargés de la sauver. Il est inacceptable que ceux qui veulent échapper à l’impôt protestent contre les risques qu’engendrerait la dette publique.

En fait, le discours insistant sur nos descendants est une manière insidieuse de priver les citoyens de leur libre choix, de notre droit à décider. Les dirigeants font comme si on faisait voter des citoyens qui n’existent pas encore… en décidant évidemment de leur vote. Grâce à leurs intérêts présumés, on légitime ainsi les dirigeants actuels tout en délégitimant les citoyens d’aujourd’hui.

Les générations futures ne doivent pas être un alibi de la résignation. Elles doivent être des acteurs responsables de l’avenir et des combattants de l’humanité au même titre que leurs prédécesseurs et de leurs successeurs.



André Bellon


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