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Mardi 23 Janvier 2018

 Lettre n°37: Un mot dans l'air du temps


   Déclarations des droits de l'homme



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 Jeudi 18 Mars 2010

 par René Robert



La première phrase de l'article 1 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 Août 1789 proclame : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » La Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948 proclame, dans la première phrase de son article 1 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. ».


N'importe qui, y compris un dictateur, peut souscrire à cette phrase de 1948; ça n'engage à rien de reconnaître que les Hommes naissent libres et égaux en droits. On peut aisément admettre, en cette fin de la première moitié du XXème siècle, qu'il s'agit d'un constat qui ne préjuge pas de l'avenir. Il est vrai qu'on n'avait pas encore pris la vraie mesure de ce qu'on nommerait, plus tard, la Shoah. En 1789, proclamer que les Hommes naissaient libres et égaux en droit, était une révolution, puisque dans l'Ancien Régime, l'existence des Ordres sociaux consacrait les inégalités de naissance. Mais les rédacteurs de la Déclaration de 1789, savaient que cela ne pouvait suffire : il fallait engager l'avenir en proclamant que la liberté et l'égalité en droits étaient définitives, étaient consubstantielles à la nature humaine, à la qualité d'Homme : ils ajoutèrent le verbe demeurer. Et ça changeait tout !


Quelle merveille que ces quelques mots : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »; quelle émotion en les lisant, en les disant, en les répétant ! Quelle musique que cette simple phrase, pourtant si chargée d'universel. Dans sa brièveté, sa concision, « les » ce modeste article grammatical, élimine toute fioriture de langage, toute astuce syntaxique: à travers tous les individus qu'il représente, ce « les » contient l'humanité ! Le vocable Hommes confirme et renforce l'universel : c'est bien de l'espèce humaine dont il s'agit ! Mais le pluriel utilisé, montre que l'humanité est saisie aussi comme ensemble de personnes, d'individus. Et puis, quelle douce sonorité dans ce verbe naître, conjugué au présent de l'indicatif, le temps de l'éternel présent : quelle assurance et quelle douceur !


« Les Hommes naissent.... libres et égaux en droits »; on aurait pu se contenter de cela ! Se satisfaire de cette certitude si bellement, si calmement, mais si fermement déclarée. 0n sent aussitôt qu'il aurait manqué l'essentiel. Alors éclate le verbe demeurer, au présent de l'indicatif, justement ! Ah! L'admirable verbe, dans sa sonorité, dans sa signification ! Après le glissement sonore du présent du verbe naître, évoquant la douce émergence de la vie, voici le coup de clairon du présent du verbe « demeurer », comme un rappel à l'ordre! Demeurer : ce qui dure, ce qui est installé, ce qui est définitif, ce qui ne peut être remis en cause, contesté; mais aussi ce qui accueille : la demeure, le lieu de vie. Et cette conjonction de coordination, ce « et » qui relie, indissolublement, naître et demeurer, construisant un bloc unique qui caractérise les hommes, l'humanité !


Les rédacteurs de 1789 auraient pu écrire ! « Les Hommes naissent et doivent demeurer... » ; cela eut rejeté la liberté et l'égalité dans un futur incertain, comme un but à atteindre, vite oublié.


Non, la liberté et l'égalité sont un état de nature. Il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une Déclaration, c 'est-à-dire de l'énoncé solennel d'une réalité, d'une certitude, d'un état. « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » : tout est dit, en si peu de mots. Il n 'y a pas moyen d'oublier ce bloc de dignité. Comme j'aime cette langue française, capable de dire tant en si peu de mots ; de le dire si simplement et dans une telle musique !


Pourtant le verbe « demeurer » est absent en 1948 ! Il est vrai que les articles qui suivent le premier, constituent un ensemble fort et signifiant; il n'empêche, le verbe demeurer fait manque. Est-ce un oubli ? Quelle légèreté ! Il faut constater, hélas !, qu’il n'est pas seulement absent de la Déclaration de 1948, mais également et tragiquement absent de la pensée des dirigeants du monde, dans chaque pays, y compris la France. Les libertés individuelles et collectives sont bafouées ou détournées, l'égalité de droits est devenue un slogan de moins en moins respecté.



Le travail d'un républicain est de se battre pour promouvoir le verbe « demeurer » et le faire appliquer, au présent de l'indicatif. Il faut relayer l’esprit qui a conduit à la Déclaration du 26 août 1789 ! Il faut réaffirmer la dignité de l'Homme. Il y a urgence.



Il y a une autre différence entre la Déclaration de 1789 et celle de 1948, différence proprement française : en 1789, la déclaration est celle des droits de l'Homme et du citoyen. Ses rédacteurs s'adressent à l'Homme, en tant qu'espèce singulière, et au citoyen, catégorie créée par la France de la Révolution, s'inspirant de la philosophie des Lumières. Le citoyen, c'est cet homme ou cette femme qui se préoccupe de la cité, c'est-à-dire des formes et du contenu du « vouloir vivre ensemble » ; à la fois promoteur et défenseur des libertés individuelles et collectives, mais aussi solidaire et fraternel, actrice-acteur de la laïcité, avec la République dans le cœur et dans l'esprit. La citoyenneté est une invention française, mais elle peut s'exporter !
Tout compte fait, je ne suis pas certain que l'absence du verbe demeurer en 1948, soit un oubli.


Quoiqu'il en soit, le monde actuel a de plus en plus besoin de citoyens-citoyennes, au sens que notre histoire a donné à ces mots, pour faire appliquer au présent, partout et d'urgence, le verbe « demeurer » dans la vie des Hommes, hommes et femmes. Le combat des républicains a lieu ici et maintenant.


René Robert


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