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Lundi 21 Mai 2018

 Lettre n°40: L'événement


   Le retour du programme du CNR



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 Vendredi 25 Juin 2010

 par Gilbert Legay



Malgré les engagements pris (...mais que valent les engagements pris par nos dirigeants ?), le démantèlement des réformes sociales et économiques mises en place à la Libération, en application du Programme du Conseil National de la Résistance, se poursuit inexorablement pour la plus grande satisfaction de Denis Kessler qui préconisait le 4 octobre 2007, de « défaire méthodiquement le Programme du Conseil National de la Résistance ». Si l’ex-vice-président du Medef doit se réjouir, de nombreux citoyens prennent conscience que les soi-disant gaullistes qui nous gouvernent, consacrent une grande partie de leur énergie à démolir ce que le général et l’ensemble des mouvements de Résistance, avaient conçu et installé dès 1944 et qui allait fonder le « pacte social français ».



Il est utile de rappeler la genèse de ce programme.


En mars 1942, la BCRA ( Bureau Central de Renseignements et d’Action militaire) dont le chef est le colonel Rémy, reçoit à Londres un émissaire de la Résistance métropolitaine, afin d’organiser la collecte de renseignements issus de la France occupée. Il s’agit de Christian Pineau, fondateur du journal clandestin Libération et du mouvement Libération-nord qui, en marge de sa mission, rencontre le général de Gaulle à plusieurs reprises au Connaught Hotel. Les deux hommes nouent des liens de confiance, évoquent l’après-guerre et Pineau persuade le général qu’il doit confirmer par écrit les grandes orientations du gouvernement d’une France libérée. Un texte est rédigé et Pineau en est porteur quand il repart pour la France à bord d’un Lysander le 28 avril 42. Le texte, communiqué par la France libre aux autorités alliés, et par Christian Pineau aux divers mouvements de la Résistance, est favorablement accueilli par tous ses lecteurs et de larges extraits en sont lus le 22 juin à la BBC par Maurice Schumann à destination de la France occupée.



Quelques mois plus tard, missionné par le général de Gaulle, Jean Moulin organise la réunion des différents mouvements de Résistance le 27 mai 1943, dans un appartement du 48 rue du Four à Paris et ainsi est fondé le CNR. Après l’arrestation le 21 juin et la disparition de Jean Moulin, le CNR voudra se doter d’une « feuille de route », d’abord pour organiser et intensifier les actions contre l’occupant, ensuite pour élaborer un projet de démocratie économique et sociale pour la France libérée.



En accord avec les orientations définies par le général de Gaulle, ce travail de réflexion et de rédaction sera adopté le 15 mars 1944, à l’unanimité des seize membres du CNR ( huit représentants des mouvements de résistance, deux pour les confédérations syndicales CGT et CFTC et six pour les partis politiques, unis dans la lutte contre le nazisme et allant de l’extrême gauche à la droite conservatrice et catholique). Cette convergence et cette rare unanimité confèrent au Programme du CNR une incontestable légitimité.



La première partie du Programme aura pour effet l’intensification de la lutte pour la libération : grèves, sabotages, aides aux victimes de la terreur nazie, aides aux réfractaires du STO, organisation et armement des maquis, actions armées contre la Wehrmarcht, la Gestapo et la milice… Une volonté affirmée de l’union de tous les patriotes sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. ( voir le film Walter, retour en résistance).


La seconde partie concerne les mesures à appliquer, dès la libération du territoire, en vue de l’instauration d’une « démocratie économique et sociale » : indépendance de la Nation, rétablissement des libertés fondamentales et d’une presse libre, éviction des grandes féodalités économiques et financières, retour à la Nation des grands moyens de production et nationalisations des services publics, modernisation des lois du travail ( droit au repos, durée du temps de travail, garantie d’un niveau de salaire, création du SMIG, droit syndical…), plan complet de sécurité sociale, droit à la retraite, droit de vote et égalité civique pour les femmes…



Comme toutes les grandes décisions qui suivirent : Déclaration de Philadelphie de juin 1944, accords de Bretton Woods de juillet 1944 ( où la France était représentée par Pierre Mendès France), création de l’organisation des Nations Unies de 1945, Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, le Programme du CNR s’inscrit dans une même volonté d’édifier au sortir de le Seconde Guerre mondiale « un nouvel ordre mondial qui ne soit plus fondé sur la force, mais sur le Droit et la Justice » ( lire L’esprit de Philadelphie, de Alain Supiot).



Rien d’étonnant à ce que monte la révolte des citoyens quand les décisions politiques dépendent des pronostics des agences de notations ou de l’arbitraire des membres, non élus, de la Commission de Bruxelles. Rien d’étonnant non plus à ce que le Programme du CNR serve, aujourd’hui, de référence aux citoyens et à de nombreuses associations qui luttent, loin des feux médiatiques, pour que nos droits politiques et sociaux soient préservés, voire étendus ( lire Les jours heureux. Le programme du Conseil national de la Résistance de mars 1944 : comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition).


Il faut résister et se mobiliser pour que les bons principes du Programme du CNR cessent d’être remis en cause par la loi du marché, la circulation des capitaux et le primat des intérêts financiers sur le bonheur des peuples et leur pacifique développement.



Gilbert Legay


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