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Jeudi 21 Mars 2019

 Lettre n°51: Chronique de l'antirépublique


   Les deux France



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 Mercredi 14 Septembre 2011

 par René Robert




En ces temps de dénigrement de la France et de ses « exceptions », il faut se demander qui la dénigre ainsi et de quelle France il s’agit.

Ces gens qui la dénigrent, clament que la France est ringarde, engluée dans son passé, rebelle à la mondialisation, écrasée de droits sociaux ruineux, de services publics pléthoriques et dépassés, victime d’un enseignement sclérosé, étouffée par un Etat trop puissant, menacée par l’insécurité et l’islam ; autant d’exceptions qu’il faudrait supprimer pour la moderniser.

Or, ces gens-là, appartiennent à l’oligarchie au pouvoir, sont partisans du « marché ouvert, où la concurrence est libre et non faussée », n’aiment pas la République et pensent que le peuple n’est intelligent que quand il dit : « oui ». Ils veulent une France soumise au capitalisme financier et à des maîtres parlant anglais, apeurée devant l’émigré, surtout arabe, soucieuse de l’enrichissement des riches, au détriment des salariés.

La plupart des citoyennes et citoyens, ne font pas partie de leur caste de privilégiés arrogants et cyniques et n’aiment pas la même France qu’eux.

Dans un poème « Prière de paix », Léopold Sédar SENGHOR, écrit :
« Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite
Et chemine par les sentiers obliques.
» Hélas ! il y a bien deux France.



La France qui « dit bien la voie droite ».



C’est celle de 1789, des droits de l’Homme et du Citoyen ; celle qui invente la Nation, déclare le peuple seul détenteur de la souveraineté et abolit les privilèges ; celle de la Constitution de 1793, de la République , du suffrage universel, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la supériorité de l’intérêt général sur les intérêts particuliers : celle qui crée l’école publique, obligatoire et gratuite, les associations sans but lucratif, établit la séparation des églises et de l’Etat et instaure la laïcité ; celle du Conseil National de la Résistance, qui crée la Sécurité Sociale, organise les grands services publiques, ces outils de l’égalité ; celle qui garantit l’indépendance de la Justice, installe les juges d’instruction, la procédure contradictoire, respecte la présomption d’innocence ; celle de la juste répartition des richesses et de l’égalité devant l’impôt ; celle qui contrôle le marché et les entreprises privées, sans les empêcher de travailler, qui fait les nationalisations et recherche le plein emploi, institue les droits individuels et collectifs des salariés et la retraite à 60 ans ; celle qui crée la contraception, l’IVG, abolit la peine de mort, garantit la liberté de conscience, la liberté et l’indépendance de la presse ; celle où l’Etat est garant de la justice sociale, des libertés, d’un développement respectueux de l’Homme et de la Nature et celle qui veille à l’indépendance nationale ; celle qui recherche le « vivre ensemble », sait être « terre d’asile » et mérite la réputation de « pays des droits de l’Homme »….

C’est la France des Citoyennes et Citoyens d’une République laïque, sociale et démocratique, seul pays qui offre la plus révolutionnaire de ses exceptions, sa devise « Liberté. Egalité. Fraternité » !



La France qui « chemine par les sentiers obliques ».



Celle qui mettra 150 ans pour donner le droit de vote aux femmes et attendra 2002 pour reconnaître que les handicapés sont des personnes ; celle qui combattra la République et la démocratie, rétablira la monarchie, puis choisira deux fois l’empire, inventera le suffrage censitaire et le referendum-plébiscite : celle qui fera du XIXème siècle, le plus noir de la condition ouvrière, qui massacrera la Commune en 1871, préférera Hitler et Vichy, au Front Populaire et prêtera main forte aux SS pour déporter juifs et Résistants ; celle qui imposera des colonies sur tous les continents et répondra par la guerre, aux revendications d’Indépendance, faites au nom de ses propres valeurs ; celle qui se convertira à l’économie de marché, dans une Europe construite contre les peuples, les Nations et la République ; celle qui veut remplacer la Sécurité sociale par les assurances privées, la solidarité par le chacun pour soi, qui déconstruit les services publics, déteste les fonctionnaires traités de privilégiés et les juges accusés de laxisme ; celle des privatisations, des délocalisations, du chômage, de la précarité, de la marchandisation de tout, des affaires, des copinages, du Cac 40 et des actionnaires ; celle qui diminue les impôts des « gros », exploite et insulte les petits, veut des médias aux ordres, des clients et pas des usagers et utilise l’Etat pour servir des intérêts privés ; celle qui, pour assurer la dictature des marchés, détruit le programme du CNR, les acquis et l’héritage de la Révolution française ; celle qui, pour garder le pouvoir, n’hésite pas à raviver la peur de l’Autre, le mépris des plus faibles, ni à agiter l’insécurité dont elle crée les conditions, pour exclure et sanctionner ; celle enfin, qui préfère l’Europe du capital, à la France des droits de l’Homme, qui parle d’alternance et pas d’alternative…

La France qui « chemine par des sentiers obliques » est celle d’une minorité, obsédée par l’argent, qui a pris le pouvoir et l’occupe pour elle-même, grâce à une Constitution qui donne trop de pouvoirs à un Président qui n’a de compte à rendre à personne et qui laisse au peuple le droit d’élire ses représentants, mais pas les moyens de les contrôler.

Une Constitution que le peuple doit remplacer par une autre, qu’il écrira lui-même, afin que la France de la voie droite, prenne un chemin tout aussi droit.

Il faut renouer avec notre Histoire, raviver l’héritage de la Révolution, reprendre en mains notre avenir, pour installer et faire vivre cette France-là, afin d’appliquer au quotidien la devise de notre République : « Liberté. Egalité. Fraternité »



René Robert


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