République !
Vendredi 19 Avril 2019

 Lettre n°55: Editorial


   L'arbre qui cache la forêt



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Vendredi 20 Janvier 2012

 En application de la stratégie de diversion, l’habitude est prise depuis longtemps d’occuper l’actualité avec des informations d’importance secondaire dans le but de distraire les citoyens des sujets importants qui les concernent. Ainsi, à la télévision, le moindre fait divers banalement quotidien (agression, accident…) ou répétitif comme les saisons (la neige, les inondations, les départs en vacances, la rentrée des classes…) constitue le point fort lors des bulletins, dits d’information, au détriment des grands problèmes qui agitent le monde et qui déterminent notre avenir !


Ainsi, fallait-il donner une telle importance à l’affaire Jacques Chirac pour des faits concernant des emplois fictifs à la Mairie de Paris ? Pouvait-on rendre bonne justice sur un sujet datant de dix-huit ans, sans même que les raisons d’un tel retard soient évoquées et justifiées ? Pas étonnant que l’action de la justice et l’annonce du verdict aient suscité de nombreux commentaires contradictoires. Quelques-uns ont trouvé incongrue une condamnation avec sursis, prononcée contre une personnalité dont les sondages démontreraient qu’il demeure encore très sympathique pour les Français.
Certains même affirment qu’il a mené à bien « nombre de réalisations heureuses pour le paysi> »… Appréciation contestée par d’autres qui jugent nuls et sans relief les deux mandats chiraquiens !


Beaucoup ont estimé qu’aucun élu, fut-il Président de la République, ne pouvait se soustraire à la loi commune ; il devait être jugé comme tout citoyen, surtout pour des actes relevant de la petite combine au profit d’intérêts particuliers, et non du seul intérêt général (article premier : La République assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion). Chaque élu de la République se doit d’être irréprochable dans la conduite des affaires publiques et surtout quand il agit au niveau le plus élevé. « L’exemple vient d’en haut » dit l’adage et l’exemplarité doit être la règle pour tous ceux qui sont élus pour organiser la vie de la cité … S’il est nécessaire de protéger les représentants de la Nation des rumeurs, de la calomnie et des coups fourrés, rien ne justifie un statut pénal particulier ou l’immunité, qui ne peuvent qu’inciter aux écarts.



Mais l’arbre des emplois fictifs ne doit pas cacher la forêt des atteintes à l’édifice républicain qui se sont multipliées ou sont en voie de mise en œuvre (et qui justifient le recours à la stratégie de diversion). Il suffit de passer outre à certaines dispositions de la Constitution, ou d’en inventer de nouvelles, pour y parvenir. Ainsi il a été possible de ne pas respecter le verdict du référendum de 2005, de privatiser insensiblement certains services publics pour la plus grande joie des actionnaires et la désolation des contribuables qui vont éponger les augmentations annoncées… Tout cela au mépris du principe énoncé dans l’article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par voie du référendum. Aucune section du peuple, ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice… ».

Il est évident que pour gagner du temps il vaut mieux demander à une majorité obéissante de voter et ainsi, éviter le recours au référendum, lequel pourtant est bien prévu pour cela, comme l’énonce la loi du 4 août 1995 : « Le Président de la République (… ) peut soumettre au référendum tout projet de loi portant …sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la Nation et aux services publics qui y concourent (…) et qui, sans être contraire à la Constitution aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions ». A ce jeu les représentants d’une majorité sont plus dociles que les citoyens !



Au prétexte de « faire vivre le débat public » et d’empêcher « des élus de verser dans des dérives communautaristes », de nouvelles menaces planent sur la laïcité, par la recherche d’« accommodements » avec la loi républicaine (lire l’article de Loïc Gourdon). Alors que commence l’expérimentation des citoyens assesseurs (tirés au sort) devant le Tribunal Correctionnel, il sera intéressant de savoir ce que la Justice gagnera à cette innovation (lire l’article d’Etienne Tarride).

Au nom de la primauté des lois européennes sur les lois nationales, au prétexte de transfert de compétences ou, suprême hypocrisie, de souveraineté partagée, le peuple n’est plus consulté mais souhaite reprendre le pouvoir… Comment pourrait-il y parvenir ?(lire l’article de Christian Berthier).



L’actualité récente nous fournit un autre exemple de cette pratique de la stratégie de diversion : la perte du triple A et l’écho qui sera accordé à l’événement va amplement occuper les médias et masquer les erreurs successives de nos gouvernants, la forêt des promesses non tenues, des diagnostics erronés, des rejets de la responsabilité sur les autres (l’opposition ou le peuple) dans le seul but de faire oublier le piège du Traité de Lisbonne et la complicité de ceux qui l’ont voté…

Ceux qui nous ont conduit vers l’abîme demandent au peuple d’assumer les conséquences de leur soumission à la loi du marché et de leurs trahisons de la souveraineté nationale !.. Mais nous reviendrons sur le sujet !





  Autres articles


  Lettre n°58: Brèves
      Quand Nicolas Sarkozy utilise la Résistance française

    En rendant hommage, ce mercredi 11 avril, à l’exceptionnelle figure de la Résistance française qu’était M. Raymond Aubrac (1914-2012), Nicolas Sarkozy a, de nouveau, instrumentalisé un combat qui n’est pas le sien, un engagement qui n’est pas de sa famille politique, une histoire qu’il méprise, un humanisme et un mouvement...[Lire la suite]


  Lettre n°37: L'événement
      Des retraites sur fond de tensions

    par Jérémy Mercier



Le gouvernement ouvre sa fameuse réforme des retraites. Les grands médias s’agenouillent. Le « temps de la décision », comme l’avait dit M. Sarkozy l’année dernière, viendra « mi-2010 ». Les acteurs du monde syndical, salariés et fonctionnaires pourront-ils s’en réjouir ? Ce temps...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2019 - Le Groupe République !