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Mercredi 23 Janvier 2019

 Lettre n°60: Editorial


   Gloubiboulga



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 Mercredi 20 Juin 2012

 Faut-il encore parler de « crise » grecque ? En effet, les événements qui secouent ce pays revêtent, par leur durée et leur profondeur, une dimension structurelle que le terme « crise », qui exprime l’inattendu et l’exceptionnel, traduit bien mal.


Les contradictions de l’Union européenne tiennent tout entière dans le drame social qui se joue à Athènes : la Grèce, dont l’économie n’a jamais fonctionné – même de très loin – selon les canons du très libéral Marché commun est entrée dans la CEE, puis dans la zone euro, pour des raisons purement politiques. Les puissances du Vieux Continent faisaient de l’adhésion du pays de Péricles un symbole, supposé donner une âme à des traités de Rome imprégnés du cynisme de leurs rédacteurs libéraux. De son côté, la France de Valéry Giscard d’Estain puis celle de François Mitterrand tenait à la participation d’Athènes, perçue comme un contrepoids à l’Europe pangermanique naissante…. De ce gloubiboulga politico-économique ne pouvait sortir que drame et confusion.


Voilà bien la construction européenne ! Des discours mélangeant calculs politiques et poursuite primitive d’intérêts économiques pour finalement suivre une partition mercantile et, au total, mortifère pour des peuples, réduits à des variables d’ajustement. C’est alors à bon droit qu’on peut s’interroger sur l’avenir de l’Union (Voir l’article de Christian Berthier). Peut-elle continuer sans opérer des révisions drastiques ?


Mais sans doute faudrait-il, pour effectuer ces salutaires remises en question, que les mots aient encore un sens. Ainsi, le mot « conservatisme » désigne-t-il traditionnellement la droite de l’échiquier politique. Pourtant, on l’a vu appliqué, de manière péjorative, aux syndicats qui refusent les réformes de la « concurrence libre et non faussée » : destruction méthodique des retraites ou démantèlement obsessionnel du code du travail. Par ce glissement, la défense des « acquis sociaux » devient, dans le langage des responsables de la droite, le refus du changement, voire de l’évolution « naturelle » des choses. En réalité, on ne comprend le sens du mot « conservatisme » que lorsqu’on le confronte à la notion de progrès, au sens des Lumières, c’est-à-dire d’avancée morale et sociale (Voir l’article de Jérémy Mercier).


On trouve des traces de ces oppositions dans les attaques virulentes dont fait l’objet la décision de la nouvelle ministre de la justice, Christiane Taubira, de supprimer le tribunal correctionnel pour les mineurs. La Garde des sceaux est accusée de laxisme quand elle ne fait que revenir à un principe fondamental des sociétés modernes : les mineurs ne sont pas des adultes et la société, tout en les rappelant à l’ordre, doit leur appliquer des critères spécifiques qui correspondent à leur âge et à leur condition (Voir l’article de Gilbert Legay). C’est ce qui fonde, depuis 1945, la Protection judiciaire de la jeunesse en France. Au travers des échanges violents entre la ministre et ses adversaires, c’est la définition même de notre société politique et des valeurs qui la fondent qui sont en jeu.





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