République !
Lundi 21 Mai 2018

 Lettre n°63: L'événement


   Constitutionnaliser la laïcité ?



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Mardi 23 Octobre 2012

 par Gilbert Legay

La loi de 1905, dite loi de séparation des églises et de l’Etat, démontre depuis plus d’un siècle qu’elle garantit pour tous, la liberté de conscience et le libre exercice des différents cultes.
Malgré sa capacité à protéger le «vivre ensemble » dans notre société républicaine, elle est toujours l’objet de critiques ou d’attaques sournoises de la part de ses détracteurs ou de ceux qui, obstinément, continuent à nier son bien-fondé.

Depuis les premiers numéros de République !, nous n’avons cessé de commenter, de dénoncer et de combattre les multiples tentatives de déstabilisation lancées par ses adversaires, lesquels usent de la technique du grignotage permanent qui a déjà fait ses preuves dans divers domaines (loi Carle ou accords Kouchner conclus avec le Vatican). Une autre méthode plus subtile consiste, pour les politiques, à se déclarer, la main sur le cœur,être un fervent défenseur de la laïcité et la réduire, d’une déclaration à une autre, à la seule liberté de conscience …en oubliant ce qui en fait sa particularité essentielle : la séparation des églises et l’Etat, c'est-à-dire la séparation des sphères du privé et du public. Plus dérisoires, les entreprises de ceux qui veulent «défendre » la laïcité et se mettent effectivement en position défensive face aux offensives de ceux qui veulent la moderniser ou la positiver.

Laissez-nous vous conter une petite histoire vraie : les associations militant pour le respect de la loi de 1905 furent conviées le 6 décembre 2011 à la présentation d’un petit livre publié par la fondation Jean Jaurès, intitulé Le guide pratique de la laïcité. Cet ouvrage est destiné aux responsables des municipalités pour régler au mieux les différends qui naissent du choc entre pratique cultuelle et action culturelle ou entre respect de la laïcité et respect des contraintes religieuses. La réunion eut lieu 126 rue de l’Université devant plus de 300 personnes satisfaites des solutions présentées, bien que certaines fussent marquées par la volonté de trouver des accords, au risque d’ébrécher quelques articles de la loi. C’est alors, au terme de cette réunion ( oh ! surprise !) qu’apparut le candidat François Hollande qui, pour remercier l’assistance et ses applaudissements, prononça une courte allocution au terme de laquelle il annonça, s’il gagnait la présidentielle, sa volonté de constitutionnaliser la loi de 1905. L’ennui, c’est que quelques mois plus tard, la mesure ne concernait plus que l’article premier, le deuxième passant à la trappe !

Par contre, il était question de constitutionnaliser le concordat en vigueur pour nos concitoyens Alsaciens, Mosellans Guyanais, Réunionnais et Antillais, ce qu’aucun militant laïque n’a jamais réclamé… Mais qu’une déclaration récente du ministre de l’intérieur, lors de l’inauguration de la mosquée de Strasbourg semble confirmer !

Ces méandres d’une politique de promesses ne trompent pas les citoyens qui n’aiment pas qu’on les prennent pour des naïfs ; la laïcité est bien depuis longtemps la cible privilégiée de nos responsables qui préfèrent satisfaire les pouvoirs religieux débordés eux-mêmes par leur fondamentalisme respectif,que d’appliquer les bonnes règles de la laïcité. Ce n’est pas innocent si la laïcité a été oubliée dans les textes européens ; c’est la marque d’une volonté politique de ne voir en elle que la « liberté de conscience » afin que nul n’ait un jour l’idée de revenir sur certaines aberrations qui constituent un gouffre financier pour l’Etat :

o le financements de l’enseignement privé ( loi Debré de 1959)

o le financement de l’enseignement agricole privé

o le maintien du Concordat napoléonien dans les départements concernés

... et pourquoi faut-il aussi que les aumôneries militaires soient financées par l’Etat laïque ?

L’ensemble de ces charges se montent à plus de 7,5 milliards d’euros par an payés par les impôts de tous les citoyens français (dont la majorité est athée ou agnostique), alors que plus de 65000 postes ont été supprimés depuis 2007 dans l’enseignement public. Il est anormal qu’au nom d’une société traversée par diverses convictions et en contradiction avec le principe de laïcité ( article 2 de la loi de 1905 ), l’Etat subventionne des entreprises dont le but est d’exercer un pouvoir sur les esprits, alors que dans le cadre d’une mission publique il reste impératif de respecter les croyances de chacun. En vertu des mêmes références de laïcité et de liberté, il est tout aussi anormal de contester le droit au blasphème sans pour autant céder à la dangereuse escalade que se livrent les provocateurs face aux intolérants, …Escalade, contraire elle aussi, à l’esprit de la laïcité qui prône le respect de l’autre.


Gilbert Legay


  Autres articles


  Lettre n°16: Brèves
      Connard !

    Il y a quelques jours, un incident dérisoire a eu les honneurs des bulletins d’informations télévisuels. En réaction à une réprimande, un galopin a traité son professeur de…« CONNARD» ; l’insulté, poussé par une indignation bien légitime a balancé une torgnole à l’irrespectueux mouflet !
Indignation du père/gendarme qui dépose...[Lire la suite]



  Lettre n°60: Un mot dans l'air du temps
      Conservatisme

    par Jérémy Mercier


Longtemps, le terme conservatisme fut utilisé par les conservateurs pour justifier la nécessité de s’opposer à tout changement dans la vie matérielle, morale et plus largement dans l’ordre des idées progressistes et des droits sociaux au profit de Bonaparte. Le conservatisme veille, avec un Sénat dominé par...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2018 - Le Groupe République !