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Jeudi 15 Novembre 2018

 Lettre n°63: Chronique de l'antirépublique


   Vive le Qatar !



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 Mardi 23 Octobre 2012

 par Anne-Cécile Robert

Cent millions d’euros. C’est la dotation dont bénéficierait le Fonds d’investissement pour les « quartiers déshérités » imaginé par l’équipe de Nicolas Sarkozy et repris par celle de François Hollande. Problème : ce généreux fonds serait doté pour moitié par le Qatar (le reste par la France). A l’origine, l’émirat devait en maîtriser totalement le financement mais le scandale provoqué par cette annonce semble avoir fait reculer le gouvernement. En effet, celui-ci ne veut pas « laisser croire que l'Etat français a besoin d'investisseurs étrangers pour venir au secours de ses quartiers déshérités », selon le quotidien Le Monde.


On serait touché par la hauteur de ces préoccupations si la réalité ne les contredisait pas avec obstination. Les pouvoirs publics, sous la « droite » comme sous la « gauche » théorisent, de manière plus ou moins ouverte, une impuissance qui n’est souvent que le manteau de leur refus d’agir. M. Sarkozy noyait sa soumission au jeu du marché dans un flot de forfanteries et de rodomontades ; M. Hollande délègue cette tache à son ministre du « redressement productif » qui prétend, avec emphase, que l’Etat se tient au côté des salariés. Arnaud Montebourg assure à qui veut bien l’entendre (apparemment de moins en moins de personnes) que le gouvernement assume ses responsabilités de « puissance publique ». Mais la réalité sociale ne tarde pas à percer sous les grands mots rassurants et lorsqu’on demande au ministre si les Hauts fourneaux de Florange, propriété de l’Indien Mittal, seront éventuellement nationalisés (lire l’article de Christian Berthier), il répond « A chaque fois qu'on a nationalisé, l'Etat n'a pas été un très bon gestionnaire ». Il n'a pas d'argent, « surtout en ce moment, et il ne sait pas fabriquer ni vendre de l'acier ». Avec des socialistes comme ça, les libéraux n’ont plus qu’à partir prêcher à l’étranger ; la maison est bien gardée !


La présence du Qatar dans les banlieues françaises ne constitue donc pas un accident de parcours économique ou un dérapage sur la route glissante de la mondialisation ; il s’agit de la poursuite d’une logique politique : le démantèlement méthodique de l’Etat républicain. Dans les années 1980, les communicants du pouvoir avait présenté Bernard Tapie, « entrepreneur privé à succès » (sic) comme le sauveur de banlieues face à des pouvoirs publics désemparés. François Mitterrand en avait fait son ministre de la ville. Déjà le privé volait au secours de l’Etat.


Depuis, tout y passe, parfois sous des dehors sympathiques : il y a presque trente ans la création des Restaurants du cœur a été saluée à juste titre, tant le besoin de nourriture d’un nombre croissant de Français devenait criant. Pourtant, il ne s’agit rien moins que la renaissance des soupes populaires du temps où l’Etat était réduit à ses fonctions régaliennes, la sécurité sociale une vue de l’esprit et les services publics dans les limbes ! La presse conforme et une gauche en déliquescence morale célèbrent alors une « solidarité » qui n’est en fait que de la charité. Comment déguiser une régression de l’Etat républicain en progrès !


Supposée exprimer et protéger la « chose publique » au nom de l’intérêt général, la république est progressivement découpée en petits morceaux que l’on distribue à des groupes privés, parfois philanthropiques (associations caritatives se disputant la bienveillance populaire), le plus souvent tout bonnement commerciaux se partageant des parts de marchés. Emblématique de cette course à la régression sociale et politique, la création au Collège de France d’une « chaire d’innovation technologique Liliane-Bettencourt ». De son côté, l’Ecole des mines, rebaptisée Mines ParisTech attribue des chaires à Peugeot ou à Vivendi.


Finalement, ne faut-il pas remercier le Qatar d’attirer l’attention sur un phénomène préoccupant mais qui, jusque là, se développait dans l’ombre…


Anne-Cécile Robert


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