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Samedi 26 Mai 2018

 Lettre n°64: Editorial


   Camisole de force



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 Mardi 27 Novembre 2012

 Trois ans après la fermeture de l’usine ArcelorMittal de Gandrange, les 150 (sur 571) salariés reclassés sur le site du groupe indien à Florange affrontent à nouveau la perspective d’un (bien mal nommé) plan social. Par un écoeurant renversement des rôles, l’entreprise a adressé une sorte d’ultimatum au gouvernement français : un repreneur doit être trouvé avant à la date butoir du 1er décembre. On peut douter de la capacité de réaction d’un Etat qui, depuis trente ans, se dépossède de tous ses moyens d’action au profit de « marchés », par définition insaisissables et indéfinissables. Pourtant dépositaires de l’intérêt général, les autorités publiques ne cessent de se couper les ailes, comme si elles se méfiaient d’elles-mêmes. Elles se montrent même incapables de réclamer aux entreprises qui en ont bénéficié le remboursement des aides publiques versées pour maintenir l’emploi.


Dans sa conférence de presse du 15 novembre, le président François Hollande a confirmé que l’Etat n’était pas le mieux placé pour gérer les affaires économiques et a offert aux entreprises un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros. Finalement, les Etats se passent eux-mêmes une sorte de camisole de force sur le dos pour ensuite protester de leur impuissance devant des populations assaillies par les inégalités sociales. Cette situation, souvent tragique pour ceux qui pâtissent de la crise, tourne parfois au ridicule, comme lorsque que la France n’a plus les moyens de « désamianter » le porte-avions Clemenceau qui se trouve réduit à errer de port en port.


Déjà, il y a quarante ans, en 1973, une loi rédigée par le ministre des finances de l’époque Valéry Giscard d’Estaing interdisait à la Banque de France de faire des avances à l’Etat, obligeant celui-ci à se financer sur les marchés. Ce principe est repris dans le traité de Maastricht de 1992 (lire l’article de Gilbert Legay), contribuant ainsi à la vulnérabilité des gouvernements et à leur endettement. Et l’on peut s’interroger sur les choix collectifs des dirigeants européens, tous partisans de l’austérité, lorsqu’on constate que les pays qui mènent la danse sur la scène internationale sont en général appuyés sur des Etats forts, que ce soit la Chine ou le Brésil, ou d’une manière différente, l’Afrique du Sud.


Les mots on-ils encore un sens ? Officiellement, la justice et la police appartiennent aux compétences dites régaliennes de l’Etat ; elles constituent le noyau dur de la souveraineté. Que penser alors de l’extradition de la française Aurore Martin de la France vers l’Espagne début novembre dernier ? S’il n’est pas de tradition d’expulser un de ses propres ressortissants, le mandat d’arrêt européen – qui inquiète bien des associations de défense des droits de l’homme - oblige les pays membres de l’Union à procéder à de telles extraditions avec toutes les incertitudes juridiques qui en découlent pour les personnes concernées (lire l’article d’Etienne Tarride).


Mais qu’on ne s’inquiète pas trop : la Commission Jospin propose, selon le quotidien Le Monde, un « big bang » politique dans son rapport sur la réforme des institutions, remis au président Hollande le 7 novembre dernier. L’ancien premier ministre et ses équipiers ont planché sur la « rénovation » et la « déontologie de la vie publique », sujet essentiel en ces temps de défiance croissante envers les partis politiques et les dirigeants. Mais loin de répondre aux contradictions, soulevées plus haut, d’une puissance publique vouée à l’impuissance, le rapport suggère un « best of » des lieux communs en la matière (lire l’article de André Bellon), une sorte de « small bang ». Mis à part dans la salle de rédaction du Monde, le rapport n’a pas suscité de réactions enthousiastes dans la population. Il est vrai que nous n’en sommes plus aux réformettes si l’on veut restaurer la démocratie dans ce pays. Mais la classe dirigeante en a-t-elle conscience ?





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