République !
Dimanche 24 Juin 2018

 Lettre n°64: Note de lecture


   Les ordres du Chef. Culte de l’autorité et ambitions technocratiques : le CNRS sous Vichy



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Mardi 27 Novembre 2012

 Voici un livre qui mérite de rencontrer un écho chez les chercheurs. Michel Blay, philosophe et historien des sciences, par ailleurs président du Comité pour l’histoire du Centre National de la Recherche (CNRS) explique comment fut réorganisé le CNRS sous Vichy. On le sait, le 10 juillet 1940, c’est un vote des parlementaires qui met fin à la Troisième République (569 voix pour, 80 contre), en supprimant la République et sa devise « liberté, égalité, fraternité », au profit de l’État français et du triptyque « Travail, Famille, Patrie ». Pétain nomma alors un nouveau chef au CNRS, Charles Jacob, pour que ce Centre soit « méthodiquement dirigé, charpenté et discipliné » selon les ordres pétainistes. L’idée était, il est vrai, de maintenir une pression continue sur les esprits, en modifiant radicalement le CNRS, d’où fut évacuée toute démocratie, au profit du culte du chef, de l’autorité, de l’expert, du technocrate. Un dialogue entre Pétain et Jacob est notamment cité : « J’entends beaucoup parler de recherche. – Oui, M. le maréchal. – Qu’est-ce que la recherche ? – Pour le moment, jusqu’ici, la pagaille. Mais avec de l’ordre, ça peut rendre de grands services au pays. – Vous y remettrez de l’ordre. » (Philippe Pétain à Charles Jacob, 1941, Vichy). Ce processus de dé-démocratisation et de mise au pas de la recherche va être mené jusqu’à son terme. Les rapports successifs de Mercier, Perrier, Jacob, la loi n°1069 du 10 mars 1941, le décret n°1312 du 25 mars 1941, l’arrêté du 21 octobre 1941, et une note de novembre 1941 sur la question juive au CNRS par Charles Jacob adressée à Xavier Vallat commissaire général aux Questions juives permet de mieux comprendre encore en quoi le pétainisme a tenu également à « régler le sort des juifs dans l’établissement que je dirige », afin que « le CNRS ne compte plus aucun juif dans son administration centrale » et que, par ailleurs, tous les chercheurs francs-maçons y soient aussi suspendus de leurs fonctions (PV séance conseil d’administration du CNRS, 20 mai 1942). L’ouvrage de Michel Blay est particulièrement nécessaire à notre temps, pour rappeler les dérives dramatiques du pétainisme en matière de soumission des chercheurs.


Michel Blay, Les ordres du Chef. Culte de l’autorité et ambitions technocratiques : le CNRS sous Vichy, Armand Collin, 2012, 199 pages, 18€.



J.M.


  Autres articles


  Lettre n°28: Brèves
      Les laïques de Maine et Loire pétitionnent

    Un collectif de 15 organisations a lancé une pétition visant à réactualiser l’idée d’unification laïque du système éducatif. La pétition et ses motifs manifestent une résistance idéologique à ceux qui voudraient utiliser les régions pour institutionnaliser des services locaux d’éducation comprenant l’enseignement privé et l’enseignement public. Au nom du respect...[Lire la suite]


  Lettre n°4: Un mot dans l'air du temps
      Le suffrage universel: Une conquête toujours à défendre

    par Anne-Cécile Robert


Les classes dirigeantes et leurs représentations politiques ont toujours voulu tenir la volonté populaire à distance. Aujourd'hui, ces « élites » affichent envers elle un mépris lourd de conséquences.


Aller voter fait partie de ces droits fondamentaux qu’on croit éternels, acquis pour toujours, intouchables. Pourtant, rien n’est moins vrai....[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2018 - Le Groupe République !