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Samedi 22 Septembre 2018

 Lettre n°67: L'événement


   Commémoration du traité de l'Elysée



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 Jeudi 21 Février 2013

 par Gilbert Legay


Commémorer est une pratique extrêmement intéressante !


Elle peut être un lien social positif, mais chacun peut céder à la tentation de commémorer, lorsqu’il estime possible d’en tirer avantage ; c’est ainsi que certains masquent parfois la réalité d’un événement derrière la magie des mots et des formules. Ainsi en a-t-il été de la commémoration du cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée, signé le 22 janvier 1963 par le président Charles de Gaulle et le chancelier Conrad Adenauer.

Ce traité qui allait sceller la réconciliation de la France et de la République fédérale d’Allemagne, est présenté, cinquante ans après l’événement, comme « la pierre angulaire de la construction européenne ». Cette présentation est trompeuse et il est bon de rétablir à la lumière de la chronologie, le sens des événements qui se sont succédés à cette époque.



Dans l’opposition depuis janvier 1946, le Général de Gaulle activement soutenu par le RPF récemment créé, est hostile à tout transfert de souveraineté au bénéfice de l’Europe des six en gestation qui, à ses yeux, va rapidement subir la suprématie économique, politique, voire militaire des Etats- Unis. Au début des années 50, de Gaulle s’oppose logiquement à la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) instituée par le Traité de Paris et au projet de CED (Communauté Européenne de Défense) qualifiés par lui de « chimères supranationales », inspirées par Jean Monnet. Le 5 mars 1957, le Traité de Rome instituant le Marché commun et l’Euratom est signé par la France, l’Allemagne, l’Italie, et les trois pays du Benelux (Belgique, Pays- bas, Luxembourg).



De retour au pouvoir et investi par l’Assemblée nationale le 1er juin 1958, le Général de Gaulle met en œuvre le traité de Rome signé quinze mois plus tôt, mais il ne renonce pas à infléchir la trajectoire européenne, non vers un fédéralisme supranational, mais vers une confédération d’Etats-nations. Afin de trouver un accord entre les six nations concernées, une « commission d’études » présidée par Christian Fouchet est créée en mars 1961 et une première synthèse est proposée en juillet au sommet de Bonn. Une version complétée du « plan Fouchet » sera prête pour le début 1962 mais elle comporte plusieurs corrections apportées par le Général : suppression des références à l’Alliance atlantique et aux Traités de Paris et de Rome, introduction de l’économie comme objectif de l’Union aux cotés de la politique étrangère , de la culture et de la défense. Malgré l’accord de Bonn et de Paris, le plan Fouchet dans son ultime version sera repoussé en avril 1962, les autres pays ne voulant pas remettre en question les accorts stratégiques entre l’Europe et les Etats-Unis.



Le président de Gaulle change de stratégie et décide de conclure un traité avec Bonn afin de sceller solennellement la réconciliation franco-allemande et de proposer entre les deux pays une série d’accords de coopération. Le traité de l’Elysée est signé le 22 janvier 1963.

Les deux chefs d’Etat signataires répondaient sans doute aux souhaits de leurs peuples de vivre dans la paix et la liberté, riches de leur culture et de leur langue, disposés à mieux se connaître et à oublier les erreurs et les horreurs du passé.

Le texte du traité énonçait clairement ces intentions : beaucoup d’engagements, mais rien qui puisse porter atteinte à la souveraineté et aux identités culturelle et politique de chacune des deux nations. Adenauer espérait renforcer l’ancrage à l’ouest de son pays et le Général de Gaulle, intransigeant en matière d’indépendance nationale , voulait recentrer son projet européen à partir de cet accord franco-allemand.

Ce projet d’une Europe des Etats-nations ne recueillit pas des autres dirigeants européens, l’adhésion espérée par le Général.



Adenauer cesse d’être chancelier en octobre 1963, le Général quitte le pouvoir le 27 avril 1969 et décède le 9 novembre 1970. D’autres événements vont se succéder qui seront autant d’étapes pour faire oublier le concept gaullien d’Etats-nations et que s’impose progressivement celui d’Europe fédérale : la loi du 3 janvier 1973, l’Acte unique européen de 1986,le traité de Maastricht du 7 février 1992 constitutif de l’union européenne, les traités modificatifs d’Amsterdam et de Nice et enfin, la « forfaiture » du traité de Lisbonne, véritable « hold-up constitutionnel » voté à la majorité du congrès réuni à Versailles le 4 janvier 2008 et effaçant la volonté nationale qui s’était exprimée par un vote de rejet à l’issue du référendum du 29 mai 2005.



Exit la souveraineté nationale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, exit pour la France le Programme du Conseil National de la Résistance, la République, ses services publics et la laïcité !

Soumission désormais à la loi du marché libre et non faussé ( mais sans harmonie social ou fiscal !), et à son cortège de délocalisations, de chômage et de récession économique.



Il est juste de commémorer le cinquantième anniversaire de la réconciliation franco-allemande solennisée par le traité de l’Elysée, mais vouloir y associer la construction européenne telle qu’elle existe aujourd’hui relève d’une volonté éhontée de tromper ! C’est miser sur la faculté d’oubli des citoyens et passer à la trappe le fait que le Général de Gaulle voulait une autre Europe, qui défend ses intérêts et sa culture, et non cette Europe fédérale au triste bilan, dirigée par des élus sans pouvoir réel et par d’autres, détenteurs du pouvoir mais non-élus par les peuples !


On ne refait pas l’Histoire mais il ne faut pas la travestir !... Par contre, on peut élire en France, comme d’ailleurs dans les autres pays, une Assemblée Constituante et, par la suite, imaginer une perspective européenne soutenue par les peuples concernés !


Gilbert Legay


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