République !
Samedi 16 Décembre 2017

 Lettre n°67: Note de lecture


   Spinoza, Locke et l’idée de citoyenneté.



  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Jeudi 21 Février 2013

 Plus qu’un livre audacieux, cet ouvrage du philosophe Christophe Miqueu est le témoignage d’une nouvelle réflexion sur l’idée de citoyenneté et de républicanisme à l’aube des Lumières. Il pourrait largement être utile aux citoyens d’aujourd’hui en ce qu’il permet de repenser le lien entre l’individu et la communauté, par une batterie d’exigences philosophiques et critiques, toutes liées à l’engagement. On se souvient, bien sûr, des mots de George Gusdorf sur la différence « psychologique » et « morale » entre Hobbes - considéré par la doctrine comme le père de la pensée politique moderne - et ses successeurs. Cette historiographie est bien connue, et c’est aussi pour cette raison que Christophe Miqueu la révise dans cet ouvrage qui fait suite à sa thèse de doctorat en philosophie politique. Plusieurs idées sont ainsi mises en évidence dans ce très subtil et rigoureux essai : tout d’abord, par exemple, la conception selon laquelle à l’aube des temps modernes la notion de citoyenneté a traversé une crise importante liée à la montée d’un individualisme certain incarné par une recherche du bien-être et/ou de la non-sujétion. Ensuite, l’idée étonnante selon laquelle, pour l’auteur, la conception hobbésienne de la citoyenneté n’est ni libérale ni antirépublicaine mais, au contraire, enracinée dans la lutte contre la domination (concept toujours actuel de nos jours). Enfin, la position considérant Locke comme un auteur pouvant être rattaché à la tradition républicaine et donc, nouvelle surprise, aux Lumières radicales aux côtés de Spinoza. Cet ouvrage ouvre ainsi des pistes savantes et stimulantes, pour revenir sur la très longue histoire de la citoyenneté qui puise ses racines en amont du siècle des Lumières. La radicalité d’une telle notion fut en particulier théorisée par les philosophies politiques de Locke et de Spinoza, articulant « le sens républicain de l’engagement pour la communauté au principe individualiste de compréhension de l’homme systématisé par Hobbes ». Entre le « prince des individualistes » (Locke) et les combats de Spinoza pour la liberté de penser, de grands liens existent, dont une action politique et des fondements philosophiques posés en guise de rébellion contre toute forme d’absolutisme. Bien évidemment, tout un mouvement, en particulier anglais (Milton) aida - voire poussa et/ou précipita - à une telle volonté d’émancipation contre toutes les oppressions à l’égard de la liberté naturelle des hommes et de l’autonomie. Peut-être est-ce justement dans la théorisation du droit de résistance que la citoyenneté naît aussi comme notion, du point de vue individuel et comme rattachement collectif au bien commun ? Le tournant théorique que présente ici Christophe Miqueu dans l’ordre des idées philosophiques républicaines est bien celui qu’on reconnaît dans cette volonté, des auteurs évoqués, à combattre toute forme d’absolutisme et de sujétion. A n’en pas douter, cet ouvrage suscitera un brillant débat.




Christophe MIQUEU, Spinoza, Locke et l’idée de citoyenneté. Une génération républicaine à l’aube des Lumières,, (préface de Jean Terrel), Classiques Garnier, 2012, 549 pages, 49€


J.M.


  Autres articles


  Temps et moeurs
      Retour vers le futur

    Catherine Tasca, ancien Ministre et actuel Sénateur (PS) des Yvelines, favorable à la loi Hadopi, s’est inquiétée des conséquences de la censure du Conseil Constitutionnel sur les Droits d’auteur. Interrogée sur France Culture, le jeudi 11 juin, sur le fait que la censure était fondée sur la Déclaration des Droits...[Lire la suite]


  Lettre n°10: Chronique de l'antirépublique
      L'autonomie des universités

    par Jérémy Mercier


L'enseignement supérieur est désormais voué à subir la domination des entreprises et de leurs objectifs à court terme, et concurrentiels, au détriment de l'égalité entre les citoyens que sont les étudiants.


L’autonomie est un terme à la mode. Très cartésienne concernant la pensée, elle devient malheureusement...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2017 - Le Groupe République !