République !
Mardi 23 Janvier 2018

 Textes Fondateurs


   Condorcet



   Augmenter la taille du texte  Imprimer cet article  Version .pdf 

 Dimanche 08 Avril 2007

 


Pas de doctrine officielle


"On a dit que l’enseignement de la constitution de chaque pays devait y faire partie de l’instruction nationale. Cela est vrai, sans doute, si on en parle comme d’un fait ; si on se contente de l’expliquer et de la développer ; si, en l’enseignant, on se borne à dire : Telle est la constitution établie dans l’Etat et à laquelle tous les citoyens doivent se soumettre. Mais si on entend qu’il faut l’enseigner comme une doctrine conforme aux principes de la raison universelle, ou exciter en sa faveur un aveugle enthousiasme qui rende les citoyens incapables de la juger, si on leur dit : Voilà ce que vous devez adorer et croire, alors c’est une espèce de religion politique que l’on veut créer ; c’est une chaîne que l’on prépare aux esprits, et on viole la liberté dans ses droits les plus sacrés, sous prétexte d’apprendre à la chérir. Le but de l’instruction n’est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l’apprécier et de la corriger. Il ne s’agit pas de soumettre chaque génération aux opinions comme à la volonté de celle qui la précède, mais de les éclairer de plus en plus, afin que chacune devienne de plus en plus digne de se gouverner par sa propre raison.
Il est possible que la constitution d’un pays renferme des lois absolument contraires au bon sens ou à la justice, lois qui aient échappé aux législateurs dans des moments de trouble, qui leur aient été arrachées par l’influence d’un orateur ou d’un parti, par l’impulsion d’une effervescence populaire ; qui enfin leur aient été inspirée, les unes par la corruption, les autres par de fausses vues d’une utilité locale et passagère : il peut arriver, il arrivera même souvent qu’en donnant ces lois, leurs auteurs n’aient pas senti en quoi elles contrariaient les principes de la raison, ou qu’ils n’aient pas voulu abandonner ces principes, mais seulement en suspendre, pour un moment, l’application. Il serait donc absurde d’enseigner les lois établies autrement que comme la volonté actuelle de la puissance publique à laquelle on est obligé de se soumettre, sans quoi on s’exposerait même au ridicule de faire enseigner, comme vrais, des principes contradictoires."

Condorcet, Premier Mémoire sur l'instruction publique





  Autres articles


  Lettre n°68: Brève
      Questions au gouvernement

    Si votre emploi du temps vous le permet, ne vous privez pas d’un spectacle qui vous en apprendra beaucoup sur la réalité de notre vie politique ; il s’agit de l’émission « Questions au gouvernement » retransmise en direct de l’Assemblée nationale à 14 heures 55 le mardi et le...[Lire la suite]


  Lettre n°25: Note de lecture
      Danièle Sallenave : "Nous, on n'aime pas lire"

    Lors du premier semestre de l’année 2008, Danièle Sallenave se rend à plusieurs reprises au collège de la Marquisanne à Toulon. Son travail d’écrivain et de professeur engagée à sauver les Lettres est mis à contribution dans cet établissement de « zone d’éducation prioritaire », où les collégiens sont dits...[Lire la suite]


  • © MWebmaster 2006-2018 - Le Groupe République !