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 Lettre n°13: Editorial


   Clarification



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 Mardi 27 Novembre 2007

 Les choix politiques et économiques du gouvernement constituent, chacun le sait ou le sent, la plus formidable régression sociale et morale depuis la seconde guerre mondiale. Cette situation peut légitimement inciter à l’abattement tant impressionne l’ampleur des dégâts, sans compter la crainte de ce qui nous attend probablement encore. Ce n’est pas seulement le grand mouvement émancipateur entamé par le peuple français en 1789 qu’on tente d’interrompre. C’est aussi le compromis humaniste de 1944, établi par l’ensemble des forces politiques de droite et de gauche, qui est contesté. L'ex-numéro 2 du MEDEF Denis Kessler l’avoue sans ambages : il s’agit d’enterrer le programme du Conseil national de la Résistance.

Pourtant, la partie est loin d’être gagnée par les nouveaux « sangs bleus », pour au moins deux raisons. Premièrement, la société française, bien que privée d’une juste représentation d’elle-même par des institutions monarchiques, continue de se battre avec les moyens du bord. Ainsi, en dépit d’une invraisemblable propagande médiatique, le « non » l’a emporté le 29 mai 2005 et, l’an passé, trois millions de personnes ont, dans la rue, obtenu le retrait du Contrat première embauche (CPE). Cette année, le mouvement social reprend, dans les services publics mais aussi dans la presse (lire l’article de Gilbert Legay).

Deuxièmement, la situation que nous subissons n’est pas un accident, ni la simple expression de la personnalité contestable de celui qui la met en œuvre depuis le sommet de l’État. Elle est la conséquence logique de vingt années de dérive intellectuelle et politique, dérive à laquelle ont contribué – et contribuent encore – les grands partis de droite et de gauche. Par sa violence, la situation actuelle nous tend donc le miroir grossissant de la nécessaire clarification : celle des camps en présence et des vraies lignes de fracture. Cette clarification doit être menée à son terme car elle est la condition nécessaire du combat et de la reconstruction.

La bride sur le cou, le système politique et économique paraît ne plus pouvoir échapper à sa propre parodie. Ainsi, l’affaire de l’Arche de Zoé illustre la place démesurée prise par l’humanitaire depuis vingt ans. D’une part, il sert de pensée à ceux qui n’en ont pas, anesthésiant toute véritable compréhension des événements. D’autre part, il prospère, sans véritable contrôle, sur les décombres des États démantelés par le libéralisme (lire l’article de Jean-Pierre Alliot).

Participent aussi de cette sinistre parodie, les cadeaux fiscaux accordés par le gouvernement aux classes dominantes (15 milliards d’euros) tandis que les cheminots et autres sont sommés de renoncer à leurs prétendus « privilèges » (régimes spéciaux). Formidable astuce : ceux qui se prélassent au sommet de l’échelle sociale affirment que défendre leurs intérêts de caste revient à défendre l’intérêt général. Et c’est bien ce que tous les gouvernements de droite et de gauche disent et font depuis vingt ans.

La construction européenne est devenue le symbole de ces raisonnements qui tournent systématiquement en défaveur des classes populaires. Le choix fait par le PS le confirme : non seulement, il appelle à voter « oui » à un traité tout aussi dangereux que le traité constitutionnel mais il ne réclame même pas un référendum (lire l’article d’André Bellon). Lors des dernières législatives, le PS avait demandé qu’on vote pour lui afin d’empêcher le président Sarkozy d’obtenir les pleins pouvoirs, notamment la majorité des 3/5 nécessaires à la révision de la Constitution. Voilà, qu’à la première occasion, il accorde ses voix au chef de l’État, se plaçant une fois de plus du côté du manche et, facteur aggravant, en opposition à la souveraineté populaire.

Ainsi se dessinent les lignes de clarification : pertinence du clivage droite-gauche, nature de la construction européenne, nécessité d’une constituante pour redéfinir les règles du jeu politique et institutionnel.





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