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Jeudi 19 Juillet 2018

 Lettre n°46: Chronique de l'antirépublique


   Les habits neufs du Front National



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 Lundi 21 Février 2011

 par Gilbert Legay



Au fil de ses interventions, Jean-Marie Le Pen nous avait accoutumé à une argumentation, certes patriotique, mais teintée d’un anti-républicanisme affirmé et revendiqué. Dans son premier discours en qualité de présidente du Front National, Marine Le Pen est allée puiser ses références à une autre source : ce ne sont plus les sempiternelles attaques contre le laxisme des institutions et le danger des migrations venues de l’Afrique ( et du Maghreb musulman en particulier ), qui fournissent les cibles privilégiées, mais les atteintes aux principes républicains dont elle se veut, avec le Front National, au premier rang des défenseurs. Comme il est facile de l’imaginer, nombreux sont les citoyens que de telles déclarations ont pu intriguer, troubler et peut-être séduire !..



Ainsi, elle invoque l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme du 26 août 1789 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sureté et la résistance à l’oppression » et en appelle à la restauration de l’Etat-Nation, « protecteur et efficace, au service de la communauté nationale, garant de la laïcité, de la prospérité et des libertés », afin de nous sauver de l’arbitraire, des féodalités et du communautarisme. L’article 2 de la Constitution de 1958 « Le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple » est cité comme gardien des droits fondamentaux des citoyens



Ce rappel de quelques principes républicains ne s’arrête pas là ; Marine Le Pen
regrette la perte de la souveraineté, le temps des grands commis et des hussards de la République, tout comme les atteintes à la laïcité pour laquelle elle précise que « la foi doit rester une affaire strictement privée et son expression ne faire l’objet d’aucune provocation ». Quant à la promesse d’une révolution fiscale (…) destinée à éliminer les privilèges et mettre sur pied une politique fiscale et sociale efficace et juste, il est prudent d’en attendre le détail pour se prononcer, le Front National ayant plutôt préconisé dans le passé des solutions libérales. Bref, une série de rappels à l’ordre républicain que l’on serait heureux de retrouver dans les discours des femmes et hommes politiques de tout bord et, en particulier, de celles et ceux de l’opposition actuelle qui seraient bien inspirés de renouveler leurs objectifs et leurs références !



Il est évident que Marine Le Pen a une feuille de route bien précise : elle veut d’abord rassembler le camp frontiste, déserté par quelques brebis égarées, qui ont cédé au charme du candidat UMP en 2007, ensuite, au-delà des frontières du Front National, séduire des électeurs de gauche et de droite, hostiles à l’Europe fédérale et à ses nuisances désastreuses. Pour cette seconde cible, elle dénonce avec force « L’Europe de Bruxelles qui s’est construite en niant ou en contournant la volonté des peuples » ( allusion au résultat du référendum de 2005) et qui impose « le recul des services publics comme la Poste, la fermeture de tribunaux, la fermeture de petits collèges, de maternités, de centres hospitaliers, la désorganisation de l’armée, de l’éducation nationale, la fermeture de consulats à l’étranger, la suppression des directions départementales de l’Etat, la diminution des effectifs de police et de gendarmerie dans un pays qui a connu plus de 1,7 million de vols et près de 500 000 agressions pour la seule année 2009 ». Le bilan ainsi dressé est lourd et vise à convaincre un électorat de salariés au chômage ou menacés d’y sombrer, de petits entrepreneurs ou d’agriculteurs en difficulté avec le marché (soi-disant) libre et non faussée. En une phrase, Marine Le Pen conclut ses attaques contre la construction fédérale : « L’Etat français s’est mis au service de la bureaucratie de Bruxelles qui dévoie la belle idée d’entente européenne pour y substituer un projet technocratique, totalitaire et nuisible à nos libertés ».



Au nom de la démocratie, nul ne peut reprocher à Marine Le Pen de vouloir séduire pour accroitre son audience, mais nous avons grand peine à croire à ce virage à 180°, le Front National ayant habitué les Français à d’autres références que la fidélité aux principes et aux valeurs de la République… Et il ne suffit pas de citer Jaurès comme elle le fait, pour être crédible ! S’il est possible de partager les critiques de Marine Le Pen concernant la construction fédérale de l’Europe et sa colère au sujet de l’effacement de la langue française, l’attachement sans faille à la République pour une majorité de citoyens a d’autres justifications que les siennes… Elles commencent avec la philosophie du siècle des Lumières et se poursuivent avec le Programme du Conseil National de la Résistance. En ce qui concerne l’attribution d’une carte d’identité que les préfectures se plaisent à délivrer à qui la demande, il n’est pas inutile de lui rappeler que la République ne fait aucune distinction entre les « Français de souche », ceux « issus de l’immigration » ou naturalisés de fraîche date ; la République reconnaît comme citoyens à part entière, des hommes et des femmes de toutes les religions, de toutes les couleurs, sans distinction de classe sociale, ou de conviction, dès l’instant que dans le respect des lois, ils restent unis dans un but commun de liberté, d’égalité, de fraternité, de bonheur et de paix, au nom de l’humanisme et de la laïcité ! Alors que Marine Le Pen juge que les principes contenus dans cette devise LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE ne sont rien d’autre que les principes chrétiens sécularisés, nous pensons avec Henri Pena Ruiz (article du 21 janvier 2011 / LE MONDE) que la force émancipatrice du triptyque républicain ne doit rien à « une tradition fondamentalement rétrograde et oppressive », et que les luttes pour l’humanisme et la raison ont été livrées « dans le sang et les larmes, à rebours d’oppressions sacralisées par le christianisme institutionnel ».



Quoiqu’elle puisse faire, dire et penser, Marine Le Pen restera largement tributaire du fond idéologique de son parti, c'est-à-dire du racisme et de l’autoritarisme sans pitié ni respect des hommes et des femmes. La seule réponse au discours de confusion de Marine Le Pen réside dans un projet permettant à la France de rétablir la République dans tous ses principes, tels qu’ils étaient définis dans le Programme du CNR, lui permettant ainsi de retrouver sa souveraineté pleine et entière dans une Europe à structure confédérale, soucieuse de rapprocher les peuples par la culture, dans le respect de leur langue, de leur histoire et de leurs traditions.



Gilbert Legay


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