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Vendredi 17 Novembre 2017

 Lettre n°47: L'événement


   Remaniement furtif



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 Mardi 22 Mars 2011

 par Etienne Tarride


Nous venons d'assister à un épisode surprenant de l'histoire de la Vème République, un remaniement ministériel furtif comme il existe des avions bombardiers du même nom.

Certes, il devenait inévitable d'écarter Madame Alliot Marie. Inévitable et commode, puisqu'en la remerciant on pouvait la faire payer non seulement pour les erreurs graves et visibles qu'elle avait pu commettre, mais aussi pour les erreurs des autres. C'est furtivement qu'a été promu l'un des personnages majeurs du nouveau casting, Monsieur Alain Juppé, qui porte stoïquement sa couronne de martyr. Après, peut-être, un instant d'inquiétude, c'est un soupir de soulagement qui a pu être entendu notamment du côté de l'Hôtel Matignon.

Et pourtant, c'est là, rue de Varennes que la colère eût été justifiée. Il parait qu'aux termes de notre constitution la Premier Ministre a pour charge de constituer le Gouvernement. Le Premier Ministre a, dans cette affaire, disparu corps et bien. Ce n'est même pas à lui que Madame le Ministre a présenté sa lettre de démission. Ce n'est pas avec lui qu'elle en a parlé, si toutefois elle a parlé à quelqu'un plutôt que d'écouter, bras croisés et jambes serrées comme il convient quand on a fait une bêtise et que son papa vous gronde. Tout indique par ailleurs que le Premier Ministre a appris comme tout le monde, à la radio ou à la télévision que son ministre de l'intérieur était remercié et remplacé par un proche collaborateur du chef. Le Premier Ministre n'a plus rien à dire et ne s'en porte que mieux.

Ce qui reste étonnant c'est qu'au cas ou d'autres protesteraient, c'est quand même lui, le Premier Ministre, qui paierait seul les pots cassés. L'Assemblée Nationale ( si elle existe toujours) ne peut s'en prendre qu'à lui. Le chef qui procède tout seul à la constitution ou à la reconstitution du gouvernement est, dans tous les cas de figure ou presque, absolument inamovible. On allait dire irresponsable mais par les temps qui courent, il vaut mieux éviter les mots qui fâchent et qui peuvent vous faire renvoyer en correctionnelle. le risque est limité, il faut bien l'admettre. Le chef du gouvernement n'a à craindre que sa majorité, c'est à dire des gens qui sont, eux aussi, désignés par le Président de la République fraichement élu, avant de subir l'épreuve du suffrage universel, épreuve rendue beaucoup moins pénible par la bienheureuse inversion du calendrier décidée naguère. mais tout de même. Il existe encore dans ce pays des citoyens qui n'ont rien compris au changement, et qui s'obstinent à envoyer à l'Assemblée des êtres étranges appelés Députés de l'opposition, personnages il faut bien le dire forts en gueule au Parlement National mais essentiellement furtifs dans la rue et des les conseils généraux pourtant condamnés à mort par les textes sur la "territorialité". Il eut tout de même été souhaitable que le remaniement furtif donne lieu au dépôt d'une motion de censure qui n'aurait pas manqué d'être rejetée, mais qui aurait au moins permis l'organisation d'un débat au cours duquel il eût été possible de demander au Premier Ministre quelle était exactement sa conception de la dignité. Peut-être aurait-il pu dire à cette occasion qu'il était las d'être lui-même un Premier Ministre furtif.

Parmi les sujets de mécontentement qui expliquent en partie des sondages surprenants aussi douteux soient-ils tant dans leur méthode que dans leur résultat et leurs objectifs réels figure sans doute la pratique selon laquelle la Démocratie en France est aujourd'hui pratiquée deux jours tous les cinq ans lors de l'élection Présidentielle. Les autres jours, et quoi qu'il se passe, les citoyens sont priés de circuler après avoir constaté qu'il n'y avait rien à voir.



Etienne Tarride


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