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Mercredi 22 Novembre 2017

 Lettre n°52: Un mot dans l'air du temps


   Le Sénat qui change pour que rien ne change



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 Mardi 18 Octobre 2011

 par Jean-Pierre Alliot


Les candidats du président ont subi un tel échec aux dernières élections sénatoriales que l’événement a semblé prendre la dimension d’un basculement historique. Le Sénat aurait basculé à gauche, dans le sens du progrès ! On n’aurait pas été loin d’une révolution si c’eût été l’ensemble du Sénat qu’il eût fallu renouveler.

Et il est bien vrai qu’avec un métro de retard, si l’on ose ces termes populaires pour une haute assemblée aristocratique par essence, le Sénat prend acte de l’évolution des forces politiques dans le pays. Il permet à ses classes dirigeantes de constater que le parti au pouvoir n’est plus à même d’assurer la continuité de l’État.

La réforme territoriale aura été le facteur contingent qui aura permis que se forme un faisceau d’oppositions sectorielles concentrées contre l’Élysée. Ainsi, en voulant détruire les départements, constitutifs de la République dès son avènement, en voulant les noyer dans les Régions, esquisses des provinces renaissantes de l’Ancien Régime, le président a-t-il réussi le tour de force de mobiliser contre lui l’institution la plus conservatrice de l’État.

Ce mois de septembre 2011, marqué par l’élection du PS Bel contre l’UMP Larcher ne restera pas dans l’histoire, cependant. Du moins pour la population qui subit la crise économique, sociale et politique qui détruit peu à peu la République. Car c’est bien la continuité qui est à l’ordre du jour, comme le démontre la question de la règle d’or.

Cette réforme constitutionnelle, véritable coup d’État au sein même du coup d’État permanent qu’est la Ve République, Sarkozy voulait en faire une arme de guerre contre le PS pour assurer son élection. En voulant faire entrer, en quelque sorte, l’interdiction des déficits dans le budget de l’État, en achevant d’interdire de fait au Parlement toute initiative politique, le président voulait contrainde le PS à suivre son panache blanc. Il avait des raison d’espérer, puisque la réduction des déficits à marche forcée est bien dans le programme du PS. Mais ce parti fait de la politique. Du moins, il vise le pouvoir. Et son offre de service aux classes dirigeantes se résume en ces termes : nous sommes mieux à même d’appliquer cette règle d’or qu’un Sarkozy dévalué. Le PS a donc promis d’appliquer la règle d’or… après la présidentielle.

Et c’est ainsi que le Sénat se maintient dans son rôle : conservateur, il conserve. Il fait perdurer les institutions malgré les aventures dans lesquelles s’avance un président trop agité. Le parti du président n’a pas su ou pas pu trouver une issue convenable pour l’État ; il n’a pas pu ou pas su empêcher son chef de sombrer dans les affaires. Alors, il faut envisager, sagement, précautionneusement, de mettre en selle un autre cavalier. Il en est plusieurs dont les chevaux piaffent, dans les écuries du PS, et qui promettent, par exemple, de respecter le traité de l’Union Européenne et d’imposer l’interdiction des déficits publics. Bel essai de continuité dans un monde qui s’écroule.



Jean-Pierre Alliot


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